Loi multiple pour un néo-colonialisme financier de longue durée

Nous avons assisté ces deux dernières semaines à une médiatisation supplémentaire des « négociations » entre la Grèce et ses créanciers, qui laisse derrière elle la certitude que la large majorité des citoyens européens sont convaincus que le « plan de sauvetage » est un exemple de solidarité européenne envers la Grèce, avec un touche de communication de culture allemande qui précise que si la Grèce ne retombe pas sur ses pieds, suite à tous ces grands efforts des pays partenaires, ceci serait uniquement la faute des Grecs et de leur inaptitude de conduire les bonnes politiques dans une discipline économique appropriée.

Pendant que le "cas grec" retombe dans un silence politique, une nouvelle série d'idées reçues est mise sur les rayonnages du « prêt à penser ». Les medias alternatifs auront du mal à les contrecarrer parce que à la difficulté du combat contre les medias nationaux il faut ajouter la fatigue des citoyens dont les préoccupations économiques domestiques ne leur laissent guère le temps de réagir et voir leur intérêt d'agir collectivement dans l'espace européen. Et pourtant il y a tellement des enseignements à tirer du traitement du cas grec.

Le rôle des banques dans le système de gouvernance européenne va à l’encontre des intérêts des pays et des peuples, et nous avons vu dans le cas grec que la dette a servi uniquement à refinancer des banques étrangères et que les plans de sauvetage étaient des plans de sauvetage des banques et non des économies des pays, avec le résultat que nous connaissons : charger les peuples avec une dette qui n’est pas la leur. Ces modifications brutales dans les bilans économiques des uns et des autres, conditionnent à jamais toutes les politiques à venir. Les modalités usurières et du FMI et de la BCE, ne passent pas inaperçues auprès des analystes économiques et malgré leurs cris alarmants, les medias conditionnés politiquement, persistent à parler de sauvetage.

Et un et deux et trois sauvetages, aussi limpides les uns que les autres. Pour le troisième, les 86 Milliards de dette obligatoire que les Grecs doivent honorer, servent à rembourser grosso-modo les pays européens qui avaient racheté les dettes bancaires, conformément au plan Draghi d’affrontement de la crise bancaire. 36 Milliards serviront de remboursement direct du capital de la dette. 25 autres iront à renflouer encore les banques et 18 serviront à payer les intérêts sur la dette. Seuls 7 milliards serviront à aider l’Etat grec à payer ses dettes envers les entreprises grecques.

Pour pouvoir profiter de ce prêt de 7 milliards, le gouvernement grec, de gauche, n’hésite pas à faire table rase sur ses promesses électorales et il a accepté de voter des nouvelles mesures d’austérité qui anéantissent toute possibilité de croissance tout en enfonçant un peu plus les Grecs dans la misère. Les Allemands ont voulu que l’ajustement politique soit automatique, ce qui court-circuite toute discussion au parlement.

Lorsqu’on regarde l’efficacité de ce traitement que les créanciers ont infligé à la Grèce, on verra son efficacité : Par exemple, l’exposition des banques françaises à hauteur de 63 Milliards avant le premier sauvetage, ne sont exposées que pour 1,6 Milliards, et ceci sans pertes. Idem pour l’Allemagne qui passe de 45 Milliards à 5 Milliards.

Pour comprendre ce qui s’est passé en arrière-plan, il faudra rappeler ici que lors de la crise de 2009, c’est-à-dire lorsque la Grèce est arrivé à une crise profonde de financement, car isolée des marchés des capitaux pour des raisons que vous trouverez dans d’autres articles sur notre site, les banques françaises et allemandes ont continué à acheter des obligations grecques à un taux de rémunération très élevé, ce qui est la conséquence de l’exclusion des marchés des capitaux. On peut dire que les banques étaient très confiantes qu'elles récupéreraient leur argent mais on soupçonne qu'elle savaient.

La loi multiple qui doit être votée avant Samedi prochain, au parlement grec, confirme justement, a posteriori, que toutes les mesures ont été prises, avec la complicité du gouvernement grec, que les nouvelles mesures d’austérité financeront les 86 Milliards des opérations de sauvetage.

Cette semaine, avant le vote au parlement grec des nouvelles mesures d’austérité et de la loi multiple sur le mécanisme d’ajustement fiscal, plusieurs manifestations sont à attendre, mais il n’y a pas de risque que le projet de loi soit retiré.

Le peuple grec de son côté, situé bien à l’écart des politiques gouvernementales qu’il ne partage pas, est muselé doublement : non seulement il n’est pas entendu par le gouvernement qu’il a porté au pouvoir pour stopper l’hémorragie, et il n’a pas non plus d’alternative politique interne, la manoeuvre traitre du gouvernement grec lui a enlever son "mot à dire" espérons jusqu'aux prochaines échéances électorales. En défaut d'une force de relance économique interne, tous les partis politiques attendent que des initiatives extérieurs soient prises pour une croissance économique. Cette croissance dépend de plusieurs facteurs. D'abord, assurer la viabilité de l’Etat grec, ce qui n’est pas très clair si les privatisations préférentielles continuent à ce rythme, puis alléger la dette souveraine, ce qui est pas du tout certain, non seulement du faits des points de vue différents entre l’Allemagne et le FMI mais aussi de la position des créanciers, et enfin attirer des investissements, - à un taux, dit compétitif – ce qui est loin d’être gagné, du fait du mal qui a été fait à l’économie grecque par les créanciers (BCE, UE, FMI) depuis le début de la crise.

Cette situation reflète l’incompétence de l’Europe, - où sa volonté, selon beaucoup d'analystes -  et c’est ici que toutes les questions interrogeant sur sa nature trouvent leur source d’inspiration : A quoi bon un tel pouvoir entre les mains des institutions qui n’ont pas les bons modèles économiques ? L’Europe n’est pas comme les Etats Unis et donc elle ne bénéficie pas d’un engagement global de la part de tous pour conduire les bonnes politiques et on ne voit pas comment cela pourrait se faire à un moment où l’Allemagne pourrait imposer une Europe allemande. Il n’y a pas non plus de politiques da régulation protégeant les économies nationales les plus faibles.

Le FMI aurait souhaité que l’Europe crée une union fiscale pour atténuer les tensions économiques régionales ou locales par le biais de redistributions et adaptations ciblées, ce qui aurait peut-être reçu l’approbation des peuples en souffrance qui voient le FMI comme le diable en personne.

Les négociations sur l’allégement de la dette, opposent le FMI qui demande un allégement substantiel de celle-ci, et l’Allemagne qui s’y oppose. Ce « conflit » apparent, mais drôlement rémunérateur pour les créanciers – n’oublions pas de voir ici qui est derrière le FMI-, introduit des délais qui sont néfastes pour la Grèce.

C’est cela qui a poussé plus de 150 pays–membres du FMI à dire qu’ « il n’y aura plus de prêt FMI à la Grèce ». En vérité 500 Milliards ont été dépensé pour renflouer des banques non grecques et charger avec une dette infâme tout un peuple. La Grèce devient donc le miroir des problèmes internes de l’Europe et des incompétences de celle-ci : Adhérer à ce syndicat économique qu’est devenue l’Europe, n’est pas équitable, ni pour les bénéfices ni pour les coûts, et ce reflet de l’Europe est souligné tous les jours par les cas grec et portugais. Il n’y a pas de politique européenne qui pousserait l’Allemagne d’augmenter ses dépenses pour soutenir les économies des pays du Sud. Simultanément, le fardeau de soutenir la croissance de la zone euro revient à la Banque centrale européenne, qui a sa charge le contrôle de l'inflation de l’Eurozone.

Simultanément, en Grèce, comme partout en Europe, on assiste à des changements fiscaux en faveur des plus riches. Le système de ploutocratie s’installe à vitesse grand V en Europe tandis que les paradis fiscaux se multiplient ainsi dans leurs nouvelles formes.

Le néo-libéralisme, le vrai modèle de l’Europe, en s’adressant aux plus riches du globe, à travers le cas grec, est en train de faire une démonstration de force, qui vise entre-autre de stopper la fuite des capitaux, du fait de la crise et des taux d’intérêts bas, vers d’autres zones économiques.

 




.