Entre Finance et Finance

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Il y a un mois, l’Eurogroupe, cette réunion informelle de ministres des finances des pays européens inconditionnels de la politique monétaire allemande, décide d’accorder la tranche de 7,4 Milliards à la Grèce, ce qui a servi à payer l’échéance due principalement au FMI.

Personne ne se pose la question où va cet argent, à quoi il sert, comment la population grecque en bénéficie pour réparer les effets de la crise qu’on lui a infligée, mais les statistiques officielles sont là pour nous dire que 230 milliards de la dette grecque ont été destinés pour soutenir le secteur financier. Souvenons-nous de la crise bancaire, de l’intervention de la BCE et surtout de son exigence de faire porter le chapeau par les petits peuples.

Derrière l’apparence d’un soi-disant conflit entre FMI et Eurogroupe à propos de la viabilité de la dette grecque, est orchestré avec talent le principe selon lequel la Grèce doit payer la dette au prix nominal de celle-ci, avec ses propres biens et surtout à court terme. C’est cette pression qui limite les manoeuvres du gouvernement, pression qui nous est montrée par les monotones débats sur le ratio d’excédent primaire à atteindre. Avec un ratio d'excédet peimaire de 3,5% jusqu’à 2022, et de 2% jusqu’à 2060, l’austérité s’annonce très destructrice pour la population grecque, mais cela n’est dit qu’accessoirement lors les débats politiques sur l’avenir de l’Europe, car ni la question du Grexit ni la question de la réorientation de l’UE ne se posent plus au niveau européen, indépendament si l'euroscepticisme a envahi entièrement l'espace européen.

Le gouvernement grec a reçu donc cette 3e tranche d’aide, dont les Grecs n’ont pas vu la couleur car destinée au remboursement des 7,4 Milliards auprès du FMI, parce qu’elle s’est montrée respectueuse des réformes exigées selon les termes des conditions assorties (memorandum). Mais en 2019 les retraites vont baisser de 9%, pour une 14e ou 15 fois consécutive, et que les taxes vont augmenter pour que le ratio de 3,5% soit atteint, alors que le nombre de familles qui ne peuvent plus s’offrir électricité et chauffage, dépasse le 10% et il est croissant. Personne ne montre du doigt le non-respect de la promesse européenne sur la richesse partagée, à croire que le maintien de l’austérité et le taux élevé du chômage doit être la punition correspondant à la « paresse du Sud ».

Cette idéologie politique soutient le colonialisme financier qui a envahi l’Europe.  Elle dicte dorénavant la seule approche permissible pour interpréter les critères de stabilité, un alignement donc parfait aux critères économiques néo-libéraux utilisés en zone euro. La BCE, le FMI et la Commission Européenne, en nous imposant cette idéologie, forment donc, bel et bien, un pouvoir, qui, en dehors du fait qui n’a pas de légitimité politique à se poser au-dessus des gouvernements nationaux, car consultatifs, il est assorti de cette idéologie politique néo-libérale. Les rôles des deux puissances européennes, de la France et de l'Allemagne, sont souvent montrés du doigt pour les largesses accordées au monde de la finance et par ce biais, aux forces de la promotion du néolibéralisme et du néocolonialisme.

Même le FMI, quoique la répartition des votes au sein de son directoire ne devrait pas nous étonner, crie haut et fort pour un allégement de la dette grecque mais cela ne suffit plus. Beaucoup du mal a été fait et les perspectives de ses décisions ne sont guère meilleures. Crier c'est bien, mais il faut aussi éradiquer ce type de dettes en encadrant mieux le rôle des banques et des financiers et en appliquant les bonnes pratiques pour ce faire. A la place de cela, le FMI, qui devait se prononcer sur le seuil de viabilité de la dette grecque, déclare dans un style général, donc très distant de la situation pour ne pas s’être reproché de mauvaise ingérence comme par le passé, et en répondant à la question « Comment la dette de la Grèce peut-elle redevenir viable ? », que « étant donné le niveau élevé de la dette, le coût du financement du marché est susceptible de conduire à une trajectoire de dette explosive au fil du temps ». Discours de précaution, mais les actions ne suivent pas. Les prévisions du FMI sont ici, dans un document récapitulatif, où il est intéressant de constater sur un des tableaux les ratios d’excédent primaire et leur impact sur la croissance du PIB. Le FMI dit aussi que « les créanciers devraient profiter de l'environnement actuel des taux d'intérêt faibles pour «verrouiller» le coût financier de la dette grecque pendant de nombreuses années, de sorte que le pays ne dépende pas du financement du marché à une échelle substantielle ».

Cependant, le FMI a approuvé le programme d’émission obligataire de la Grèce, le premier depuis 2014. Pourrait-il faire autrement au risque d'empirer sa réputation internatinale, déjà malmenée dans plusieurs dossiers. En effet, il y a trois jours, la Grèce a tenté, avec un certain succès, de retourner sur le marché des capitaux. L’émission d’une obligation de durée de 5 ans et d’un montant d’une valeur de 3 milliards, est plus qu’un test. Non seulement cela permet au gouvernement grec de s’affranchir des difficultés techniques relatives, mais cela lui permet de gagner en crédibilité à l’égard de la finance internationale qui désormais ne voit pas le gouvernement Tsipras comme un « gouvernement de gauchistes sans crédibilité ». Un regard sur les chiffres ci-dessous, permet de voir que les pays européens ont été muets à l’égard de cette émission, ressentie probablement comme un effort d’émancipation visant une indépendance. Pour un peu moins de la moitié, soit 1,425 Milliards, il s’agit de l’argent frais venant de USA (44%), RU/Irlande(26%), Grèce (14%), France (7%), Espagne/Portugal/Italie (3%), Allemagne/Autriche (3%), autres (3%), et on distingue notamment des Fonds de gestion de Capitaux (46%) et des banques(13%). Pour l’autre moitié, l’Etat grec a racheté les obligations émises sous le gouvernement Samaras. Mettre de l'ordre, étendre son espace d'expression vers l'international, ce gouvernement en avait bien besoin. Malgré donc une apparence symbolique, le signal politique de cette émission d'obligations est relativement fort et interprétable sur plusieurs axes.

L'année qui vient montrera vers où ce premier petit pas d'afirmation évoluera au sein des embûches déjà posées par le colonialisme européen financier.