Une année charnière

 

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Il a fallu attendre un peu pour voir clairement les évolutions des processus dans lesquels la société grecque a été engagée, en effet plusieurs sujets d’actualité ont fait de l’ombre à l’essentiel.

Alors que les cloches des Pâques annoncent depuis avant Noël que le retour à la croissance, aussi bien que la sortie de la tutelle économique, sont éminentes, la société grecque traverse une période encore plus grave où les banques mettent en application la mise aux enchères publiques ( et électroniques de surcroît). Alors que les Unes des journaux occupent les esprits des Grecs avec les différends avec la Turquie et avec l’ex république Yougoslave, l’affaire des deux soldats grecs emprisonnés à Andrinople et l’exploitation énergétique en Méditerranée, l’Eurogroupe (EWG), chargé d’étudier le règlement de la dette grecque sur la base du plan français, à savoir « allégement de la dette nominale en fonction du taux de croissance », piétine. Ce rétropédalage, retarde le retour à la croissance de la Grèce et maintien l’incertitude sur la stabilité politique, ce qui empêche le retour de l’investissement.

L’Eurogroupe (EWG) est en charge de l’étude technique pour le règlement de la dette grecque. Ceci doit se faire selon le « plan français », c’est-à-dire assorti d’un allégement de la dette qui sera lié au taux de croissance, comme il était convenu avec le gouvernement grec. C’est-à-dire que la Grèce accepte d’honorer la dette, mais à condition qu’elle puisse le faire. Mais la croissance est loin d’être là et l’application du règlement de la dette est incertaine, tandis que le Bureau des Recettes Publiques (HRADF, http://www.hradf.com/ ) continue à brader au plus offrant le patrimoine grec.

Il semble que des conditions techniques soient introduites, et celle-ci montrent une incompatibilité entre l’allégement de la dette et la croissance. Sur la table des discussions, pour Lundi de Pâques grecques, le déclanchement des réformes exigées pour le moyen terme. La précipitation de la Commission Européenne d’accélérer les processus, pour permettre au FMI d’entrer au programme de « sauvetage », risque fort de bâcler les étapes aux dépens des intérêts grecs, et ceci ne sera pas la première fois. Jamais la Commission n’a considéré l’impact de ses propres décisions sur l’économie grecque, et encore moins elle a voulu procéder à des mea culpa, où tout simplement penser aux intérêts de la Grèce. Pourquoi le ferait-elle maintenant ?

Nous avons donc un éclaircissement des engagements européens liés à la « croissance grecque », mais comme de coutume, ils seront traduits par des obligations de reformes, et ceci avant le meeting au FMI dans trois semaines.

Une des reformes est la baisse du seuil d'imposition, comme le demande aussi le FMI. La difficulté est réelle. Comment taxer une classe sociale, dont les revenus mensuels ne dépassent pas les 400€ sans risque d’explosion ? La base politique de Syriza, déjà très affaiblie par les mesures impopulaires appliquées jusqu'à présent, ne tiendrait pas et une période supplémentaire d’instabilité ne serait pas favorable pour l’Europe. Une autre est la baisse du niveau des retraites auquel le FMI tient absolument. L’entrée donc du FMI dans le programme signifie au préalable au moins la réalisation de ces deux reformes.

Mais la difficulté sera réelle, lorsqu’on tentera de mener simultanément des réformes impopulaires avec une croissance basée sur des investissements "sélectionnées", ou « coloniaux », pour parler autrement.

Il y a aussi cet espoir persistant du gouvernement grec, de vouloir voir à un allégement de la dette, la possibilité de crier « victoire », et compenser ses défaites. Notons que le succès électoral de Syriza était dû pour une grande partie au refus du peuple d’honorer une dette injuste et odieuse, qui n’était pas la sienne mais celle des banques étrangères.

Plusieurs commentateurs politiques pensent qu’il vaut mieux pour la Grèce qu’elle tire un trait sur cet espoir, qu’elle en finisse avec les réformes pour se doter d’une réelle possibilité de gouvernement. Audacieuse résignation. C'est à dire tirer la leçon d'une attente longue, inutile et malheureuse, comme celle pour le "Quantitative Easing", cofinancé par la Grèce à hauteur de 42,5 Milliards mais dont elle n'a jamais bénéficié car la BCE n'en avait jamais l'intention de le faire. Cela semble odieux, mais c'est le fonctionnement réel de nos institutions européennes.
Les responsabilités de la BCE dans la catastrophe économique grecque sont immenses. Juste avant Noël dernier, le 7 Décembre 2017 exactement, Jeroen Dijsselbloem, l’ancien chef de l’Eurogroupe, déclarait que les memoranda ont sauvé les banques étrangères et non la Grèce. Malgré cela, la BCE a continué son business en voulant renflouer les banques avec la liquidation des prêts non honorés, ou prêts rouges pour utiliser le terme utilisé exactement. Pour ces prêts, d’un montant environ de 30 milliards, qui pour les 2/3 sont des prêts immobiliers et pour 1/3 des prêts à la consommation, par décision, les banques sont autorisés à saisir les biens des Grecs et à procéder à des enchères publiques.

Rappelons que la BCE, est membre de le Troïka, c’est-à-dire de la tutelle imposée sur la Grèce, elle est créancier de la Grèce, elle est prêteur des Etats-membres, contrôle els banques systémiques, et il est supposé être une autorité monétaire indépendante. Ce conflit d’intérêts passe très mal et nombreux sont ceux qui demandent l’assainissement de la situation. C’est justement ce conflit d’intérêt qui a permis à la BCE, dans le cadre du programme SMP, de faire des bénéfices sur le dos des Grecs. Les obligations grecques achetées au rabais, lorsque la BCE même a initié la baisse des obligations en dénonçant leur valeur réelle, ont rapporté quelques milliards et continuent à faire des bénéfices (154 millions en 2017, 185 en 2016).

 (Il faudra voir aussi ce quadruple rôle de la BCE en relation avec les principes très contestés qui régissent l’Euro en tant que monnaie).

 

Les reformes et les prérequis

88 de nombre, ces reformes contiennent une dizaine de points capitaux, comme la privatisation de l’énergie (rappelons que l’Allemagne convoite ce secteur), la réforme de l’Administration, dont la charge incombe au gouvernement, le foncier avec son nouveau système d’évaluation et de constitution des valeurs immobilières réelles, la baisse des retraites, la baisse des prestations sociales, etc.

L'année 2018 est une année charnière popur la Grèce, qui n'a aucune marge de manoeuvre et aucun moyen d'assumer son propre mode de développement.