L'histoire de la Grèce et l'Allemagne

Radio  Radio Mon-Pais du 04/04/2014

Animateur: Christos ZIAS (Horizons Grecs),   Invité : Anastase ADONIS (Association Franco-Hellénique de Midi-Pyrénées)

 

L’histoire de la Grèce et l’Allemagne.

Ce soir nous vous partagerons avec vous quelques éléments importants, ignorés en France, concernant l’histoire de la Grèce durant l’occupation de l’Allemagne nazie. 

L’Allemagne tente de s’émanciper aujourd’hui, un peu plus pour jouer un autre rôle sur l’échiquier géopolitique, laissant derrière-elle une Europe appauvrie, anéantie économiquement par la crise de l’Euro et la crise financière qui a généré cette crise économique sans précédent. Cela peut avoir des répercussions diverses ET sur les autres pays européens et sur l’avenir de l’Europe.

Jour pour jour, aujourd’hui, l’Allemagne déclare la guerre à la Grèce. L’échec des Italiens d’envahir la Grèce, selon les plans Allemands a échoué, et Hitler se voit obligé d’assurer le Sud contre un débarquement éventuel allié, avant toute campagne vers la Russie. Evidemment, cela ne doit pas durer, car il faut entamer la campagne Russe immédiatement avant que l’hiver ne détermine l’issue de la guerre. Le 4 Avril 1941, les Allemands envahissent la Grèce.

Q1 : Quel genre d’occupation elle a eu et quels furent les dégâts qu’elle a subis ?

La Grèce a subit elle aussi l’occupation Allemande entre 4/41 et 8/44. L’Allemagne ne fut pas seule pour son invasion. A ses côtés, les Italiens, moins combatifs, et pas concernés par la campagne militaire contre la Russie,  servaient en arrière d’armée d’occupation, et les Bulgares, pivot aussi de l’axe Berlin-Mossoul de la 1e guerre mondiale. Excepté le district d’Athènes-Pirée de la Crète et du port de Salonique, les Italiens occupaient le reste du pays sauf la Thrace occidentale occupée par le Bulgares.  Donc, triple occupation, triple fausse monnaie d’occupation. Les dégâts sont immenses, d’où l’incessante demande pour les réparations, depuis 1945.

Q2 : En France on ne parle pas de la Grèce ou de l’histoire des autres pays durant cette période, et surtout celle de la Grèce. Que dire sur la nature et la dimension de ces dégâts ? Pourrait-on comparer les dégâts commis en Grèce avec ceux qui ont été commis en France, en Belgique, en Yougoslavie ou en Pologne ?

Ø  Toute comparaison est difficile à faire sur les seuls critères des chiffres, car même des petits chiffres peuvent signifier beaucoup pour des petits peuples, comme la Belgique. En Grèce proportionnellement à sa population, le tribut fut le plus lourd de tous les pays. Pourquoi n’a –ton pas parlé en France ? La Grèce était sous influence plutôt Britannique et puis Allemande, donc quelque part ne pas parler de la Grèce en France pourrait se comprendre mais il ne peut pas se justifier. Comme pour la shoah juive il fallait qu’on en parle. Cela semble comme un accord implicite diplomatique entre grandes puissances. Les dégâts ont une dimension humaine, une dimension économique et une dimension morale et politique.

Ø  La dimension humaine c’est le nombre des morts, le nombre d’orphelins, le nombre des veuves, d’handicapés ou mutilés. Plus d’1,5 millions de morts sur une population de 8 millions. Environ 370000 exécutés, et les autres morts par la famine. A la sortie de l’occupation la Grèce s’est trouvée avec 6,5 millions d’habitants.

Ø  La dimension économique c’est surtout ce que serait la Grèce aujourd’hui, si elle avait pu préserver son potentiel humain. Puis, le coût pour reconstruire les destructions (ports, routes, infrastructures diverses, villes, villages), +  le coût de ce qu’ils lui ont pris et qu’ils ne peuvent pas rendre ( stocks, produits, et biens), + le coût de ce qu’ils ont pris et qu’ils peuvent rendre ( argent, or, pièces de musée, etc)+ coût du préjudice pour la Grèce de tout ceci. Un total de plus de 2000 milliards, estimé par les économistes, toute approche d’étude confondue. Rien que le remboursement actualisé des prêts d’occupation, que la Grèce avec le pistolet à la tempe fut obligée de céder à l’Allemagne, aujourd’hui estimés à plus de 340 milliards d’euros, permettrait à la Grèce de se désendetter complétement.  Sans compter tout le reste que l’Allemagne lui doit.

Ø  Le politique, c’est le préjudice moral, due à ce deuil dans lequel elle a été plongée pendant des décennies, la mal fasciste jeté ainsi sur ses valeurs sociales et idéologiques, dans un but de provoquer une crise de civilisation. En Grèce il y a eu crime contre l’humanité assorti d’un traumatisme moral immense. Pour les Grecs le refus actuel de l’Allemagne concernant le réajustement de la valeur de l’Euro, c’est le même fascisme, comme lors de la 2e guerre mondiale. C’est pour dire que l’Europe, revue et corrigée aux yeux des Grecs, on doit la choisir et non la subir. Si l’Allemagne a envie de rester fasciste qu’elle le reste mais toute seule, loin de la Grèce. La Grèce n’a pas sa place dans une telle Europe si cela est le choix des européens. Loin de sécuriser la paix, l’Europe et l’Allemagne font pire que lors de la seconde guerre mondiale.

Q3 : Comment se fait-il que l’Allemagne depuis 1945 n’a pas été obligée de rembourser ce qu’elle a pris, de restituer ce qu’elle a détruit ou de rendre ce qu’elle a volé ?

Il a eu plusieurs facteurs qui ont contribué.

a)      Ce fut une question de priorité au sein des Alliés, suite à Yalta. D’abord s’assurer du désarmement des Allemands c’était caractériser les usines, qui toutes ont été converties à des fins de guerre. Voir celles qui fermeraient définitivement, celles à modifier, et celles à garder intactes. Après, c’est une question des parts à partager. Qui sera servi en premier, comment et quand ? Au début ils délocalisaient les usines vers l’Etats Unis ou la Russie ou l’Angleterre ou la France. Après ils ont compris que ceci affaiblissait l’Allemagne et les Allemands, avec le risque de ne pas pouvoir se faire payer. Il fallait donc que l’Allemagne produise pour le compte des alliés. En assurant un niveau de vie plafond pour les Allemands, calculé sur celui des Alliés, il ne restait pas beaucoup de marge pour que les Alliés soient dédommagés. Il fallait jouer sur la durée, tel un crédit à payer. Retarder le règlement des réparations, et sous proposition américaine lors de la conférence de Londres, attendre jusqu’à ce que les 2 Allemagnes soient réunies. L’occupation alliée de l’Allemagne c’était un bail sur un fond de commerce. Ils savaient tous que l’Allemagne serait réunifiée.

b)      Chose faite, après la chute du mur, il y a réunion des Alliés à Moscou. La Grèce fut présente, représentée par l’actuel président de la république, mais muette. Les américains, n’amorcent pas la discussion au nom des tous les Alliés dont elle était le porte-parole jusque-là,  et laissent entendre qu’eux étaient payés et que pour eux (les Etats Unis) la question était réglée. C’était pour aider l’Allemagne à faire face à ses difficultés d’ingurgiter l’Allemagne de l’Est… C’était sans doute son cas, puisque entre autre la plus grosse partie des valeurs boursières allemandes lui appartiennent, mais ce n’étais pas le cas pour la Grèce.

c)      L’attentisme de la classe politique, toujours à la botte de l’occupation politique que la Grèce subit depuis le début de son histoire contemporaine.

d)     Le fonctionnement de l’Europe qui n’a pas permis à faire remonter à travers le parlement européen, de telles revendications sur les réparations. Des tentatives il y en a eu pourtant.

Donc, il serait erroné de dire que c’est la crise de l’euro qui ravive la question des réparations. La crise est là pour rappeler l’intérêt national, d’exiger ce qui est dû et pour revendiquer le retour de tout ce qui a été volé. Il y a toujours eu une demande persistante, des écrits, les actions des associations des victimes, des avocats, des intellectuels, etc.

Q4 : Pour la première fois il y a un mois, un président Allemand s’est rendu en Grèce et visite un petit village dont les habitants ont été exécutés par les Allemands. Il formule son propre sentiment de honte, mais pas d’excuses au nom du peuple allemand.  Que cela signifie-t-il ?  Est- ce un début pour un règlement définitif du volet des réparations ?

S’excuser c’est gratuit. Il n’a pas parlé réparatioon et il n’avait pas mandat pour en parler. Cette visite n’a rien à avoir donc avec la question de réparation, malgré les tentatives de faire croire qu’il ait pu discuter de cela avec le président de la république ou les personnes politiques qu’il a rencontré en Grèce. Il n’était pas venu pour cela, juste pour une visite, comme il en effectue dans chaque pays. Il a juste essayé d’adoucir la tension au profit de l’Allemagne. Mais alors pourquoi aller rendre une visite à un lieu d’exécution ?

D’abord le choix du village : Liguiades, un village situé dans la région d’Epire, à 400 kilomètres, à vol d’oiseau, au nord-ouest d’Athènes, près de la frontière avec l’Albanie. 92 personnes exécutées. Pourquoi celui-ci et pas un autre ?  Pourquoi pas à Distomo ( 218p femmes et enfants), ou à l’île d’Eubée (244p) ou les 1795p de Corfou qui ont été transférés à Thessalonique pour y être exécutés, pourquoi pas à Kalavryta (1104p au-dessus de 12 ans), ou les 104 à Giannitsa, ou encore les 140 à Mesovouno, ou les 150 à Lamia ? Où les manières de faire furent plus que monstrueuses (pendaisons, mutilations, atrocités diverses d’une singularité indescriptible, etc.). L’imagination au service de la destruction humaine.

Le choix du village signifie que l’Allemagne veut encore profiter de l’ignorance des européens à propos du cas grec et essaie d’orienter l’opinion publique européenne : sur l’ampleur, sur la gravité ou encore sur la manière. C’est-à-dire leur manière de voir l‘Histoire. C’est du déni en vue d’une éventuelle révision de l’Histoire.

Puis, il y a le choix de l’exécution (pour représailles contre la résistance). Choisir le cas où le comportement allemand semble moins cruel possible, du fait de la banalisation qui lui a été donné,  et qui ne représente guère le comportement sauvage des Allemands en Grèce. Donc on peut parler d’une tentative vulgaire de minimisation, voire encore de déni.

Comme Oradour sur Glane, il y a plus de 1000 villages en Grèce détruis, humainement et matériellement.

L’hebdomadaire allemand Die Zeit à l’occasion de la visite en Grèce du président allemand publie un article « gifle » pour les allemands. Il remet à l’actualité l’incessante  demande hellénique pour les réparations. Il s’interroge à propos des raisons pour lesquelles les crimes de la Wehrmacht en Grèce n’ont pas place dans la mémoire collective des Allemands et aussi pour l’absence totale de coupables en relation avec le cas grec.

« Comment un président allemand compte parler du « passé » lorsqu’il visite un village paumé quelque part en Grèce que personne ne connaît ? » .   « Joachim Gauck ne visite pas la Grèce en tant que négociateur d’une dette ou en tant qu’inspecteur de reformes mais en tant qu’allemand ».

L’hebdomadaire signale aussi l’existence de centaines des lieux d’exécution, d’holocauste, que le peuple allemand ignore complétement, en écrivant :   « Comment est-ce possible que ces crimes soient gardés sous silence, sans aucune référence dans les livres scolaires ou dans les mass medias ?   « Pourquoi en Allemagne les media de masse rappellent les crimes en Pologne ou en Russie mais jamais en Grèce ! »

L’hebdomadaire allemand est gentil de dire cela, mais c’est un acte gratuit. Il suffisait d’entendre les cris des grecs depuis 1944, celui de la croix rouge internationale, celui des responsables du plan Marshal, celui des écrivains et intellectuels grecs mondialement connus, celui des émissaires grecs qui ne cessent de rappeler le sujet en suspens depuis 60 ans. Pourquoi aucun quotidien allemand n’a fait une série d’information sur ce qui s’est passé en Grèce que personne ne peut nier ? Alors pourquoi ce silence organisé ? L’explication est multiforme.

1)      Montrer la cruauté des Allemands, ce n’est pas bon pour la démarche de la reconstruction allemande. Les forfaits commis, ne rappellent en rien une armée. Il s’agit de quelque chose d’inhumain, un mélange de haine et de schizophrénie organisée  avec objectif de tuer, de détruire, de folie armée avec des mitrailleuses. Ceci ne peut passer dans la mémoire collective, car il ne correspond pas au processus de la reconstruction allemande de se regarder dans un miroir et déduire qu’ils sont des monstres.

2)      Les Allemands, de même comme avec leurs colonies en Afrique, ils ont traité la Grèce dans un rapport de colonialisme racial, même pendant l’occupation. Des êtres inférieurs. L’idéologie de la race arienne est venue de surcroît leur enlever tout scrupule humain qui pourrait subsister. Comment accepter que le vaincu d’hier soit honoré dans les livres d’histoire des écoliers allemands ? Il faut rappeler ici que la Grèce est sans  doute le seul pays européen à avoir subi ET le colonialisme racial, avant 1900  ET  le néo-colonialisme après 1900 et jusqu’à aujourd’hui. La forme administrative et politique de l’Europe n’a pas arrêté cela, d’où les solutions néocoloniales de type économique que la Grèce subit aujourd’hui. Elle sert justement de paravent pour masquer ces relations et les faire perdurer. Il faut aussi rappeler à nos amis Français que la Grèce a toujours été du côté des Alliés et elle est sortie anéantie à chaque guerre où les Alliés l’ont impliquée. Où étaient-ils ces alliés et où sont-ils aujourd’hui ? Justement cachés derrière un paravent qui s’appelle Europe.

3)      A la sortie de la guerre, le plan américain au nom d’une plus rapide prise de contrôle de l’Europe, consistait à laisser l’ancien ordre des Nations comme il était. La France a conservé ses colonies, etc. L’Allemagne a donc conservé la Grèce. L’Allemagne s’est permise alors de déduire à son profit l’ampleur des excuses publiques, que puisque c’était ainsi, il y avait matière à se passer du cas grec.

4)      Il n’était pas dans les habitudes qu’un grand pays traite avec un plus petit sur un plan d’égalité ou de capitulation sans condition.

5)      Dans sa phase de mondialisation accrue depuis 1990, et suite à la Conférence de Moscou, l’Allemagne avait intérêt de faire la sourde oreille, pour ce qui concerne les réparations à l’égard de la Grèce, ses principaux créanciers l’ont plus ou moins libérée de sa dette due aux faits de la seconde guerre mondiale. Les rapports de force d’autrefois ne subsistent plus, donc rien ne l’oblige, en dehors du cadre bilatéral de faire quoi que ce soit. Mais les options pour l’avenir ont été étudiées et préparées… y compris celles d’un traitement définitif des réparations.

Q5 : Quel rapport entre la crise de l’Euro et le règlement définitif des réparations ?

Un euro fort est bon pour ceux qui l’ont….. et pas du tout bon pour ceux qui ne l’ont pas, ou qu’ils sont obligés d’en emprunter pour pouvoir combiner entre dette et besoins de fonctionnement. La politique monétaire européenne est cadencée sur un pivot qui s’appelle économie allemande.  Depuis 2009 la Grèce a déjà donné aux Allemands ce qu’elle tente de récupérer dan l’immédiat, (son dû des prêts d’occupation, la partie la plus facile des réparations à revendiquer) à travers des procédures longues hasardeuses et  peut être soumises à conditions. Tout compte fait, ce que la Grèce a payé depuis 2009 en taux d’intérêts et capital, compense déjà largement le remboursement des prêts d’occupation qu’elle réclame. C’est-à-dire, nous sommes dans la logique du « donne-moi de l’argent pour te payer ce que je te dois ».

Regardons comment cela se passe :

De 2009 à 2012, L’Europe a infligé à la Grèce 11 plans d’austérité, une véritable destruction sociale, après l’avoir forcé à brader ses entreprises publiques, ruiné sa production, aggravé sa dette odieuse, liquidé ses droits sociaux, son système éducatif, son système de santé, les salaires et les retraites.

Est-ce que c’était nécessaire que cela ait les mêmes conséquences qu’une autre guerre ? Oui et non, comme on va voir.  

En  novembre 2012, l’Europe décidé de relâcher la pression. C’est un peu comme un chat jouant avec la souris qu’il a capturé et qui est à sa merci. C’est un peu comme les barbares des temps lointains, envahissant un pays, brûlant les maisons, violant les femmes, détruisant les trésors puis rendant des terres aux vaincus pour qu’ils produisent à nouveau de quoi alimenter les occupants.  La politique d’austérité infligée par l’UE depuis 2009 couverte par le prétexte du « remboursement », a provoqué une telle récession qu’elle a porté la dette grecque de 100 points du PIB à 170 points du PIB ! Ce n’est pas un sauvetage, mais bien un plan de guerre qui découvre de quoi ce consensus nommé Europe est fait.

Pourtant les banques européennes et mondiales s’en sont servi à mort, en prélevant par-dessus des taux d’intérêts à 7, 8, 12 et même 17 %. La BCE, le FMI, l’UE et Merkel se sont comportés comme des rapaces, exigeant du peuple, et non de l’oligarchie, qu’il soit saigné pour le compte de ces banques privées usuraires.

Au mois de Novembre 2012, la troïka a encore discuté 14h sans arrêt de la façon dont elle pouvait tirer le maximum de marrons du feu qu’elle alimente en Grèce. La logique est simple : S’il pouvait y avoir une chance de gagner plus, alors il fallait l’exploiter.

Elle a débloqué 44 milliards d’aide qui n’avaient pas été donnés depuis l’été. Car il faut savoir que toutes les « annonces d’aides à la Grèce », dont les journaux européens sont quotidiennement remplis, ne sont que du « pipo ». Ce serait une grave erreur de croire que l’UE « aide » la Grèce. La Grèce ne reçoit rien. Pas un euro. C’est aux banques privées créditrices de la Grèce que ces fameuses « tranches d’aide » sont données ! Et du point de vue « communication », elles sont données plusieurs fois, d’abord dans nos postes de radio ou de télévision, ou le journal quotidien et bien plus tard, sur les comptes des banques prêteuses à taux usuraire, ce qui fait encore une fois la Une des journaux et autres medias.

Ainsi, les 17 pays de l’euro et le FMI ont fini ce fameux novembre 2012 par autoriser le déboursement à partir du… 13 décembre de trois tranches de crédits suspendues depuis l’été et qui permettent au trésor grec d’éviter la banqueroute. L’enveloppe « d’aide » en retard atteint 44 milliards, dont 10 milliards que le conseil du FMI devra lui-même débloquer à son tour.

Alors que la Grèce ne peut pas payer cette dette qui ne cesse de s’alourdir, le FMI et la BCE ont allégé cette dette artificielle. La dette devra être ramenée à 124 % du PIB en 2020 (au lieu de 100 % en 2009). C’est la politique du crédit revolver. Elément nouveau : ils promettent de la réduire encore, « à moins de 100 % », en 2022 (sic). Comme l’écrit Le Figaro « Ils ont aussi balisé sur 10 ans le retour du pays vers davantage de stabilité financière. » Ils ont même réduit de 1 point le taux d’intérêt accordé à la Grèce par les créanciers publics. Ils rallongent les échéances de ces prêts de 15 à 30 ans, c’est-à-dire au-delà de 2040. Ils reportent de dix ans le paiement des intérêts au fonds de sauvetage FESF.

En 2013, la BCE et les banques centrales nationales rétrocèdent 11 milliards de profits ( !) réalisés… sur les obligations grecques. L’Eurogroupe autorise enfin Athènes à racheter ses propres titres, avec une décote probable de plus de 60 %. Tout cela sachant que la Grèce doit encore théoriquement 240 milliards dont 80 milliards au privé et le reste au public, FESF et BCE.

Pourquoi si tard ? Cela rappelle l’asphyxiante dette Allemande de la 1ere guerre mondiale, et les techniques mises en place pour les réparations dues à la 2e guerre.  C’est justement ce parallèle qui a permis à Schaüble  de déclarer publiquement «  Nous les avions pas eu par la guerre, on les a eus maintenant par l’économie ».

Parce que la Grèce est vidée de ses ressources. Il n’y a plus grand chose à en tirer. Impossible de les piller davantage, selon le FMI. Et la peur rependue en Europe, par le sort infligé aux Grecs, a joué tous ses effets, en Italie, en Espagne, au Portugal qui se sacrifient à leur tour cruellement pour des taux de 6 à 7 %… Le FMI poussait même à un abandon immédiat des créances publiques (pas privées), mais c’était de la communication… En réalité, le cas grec a monté, par effet de peur, a monté le niveau du risque et a permis des politiques de spéculation sans pair. Pour ce qui concerne l’abandon immédiat des créances publiques, les trésors européens et le ministre allemand Wolfgang Schäuble s’y opposaient férocement puis ont cédé dans la nuit. Christine Lagarde avait dit que: « la Grèce est à nouveau sur la voie d’une dette viable ».

Le commissaire à l’euro Olli Rehn a avoué clairement en disant que : « La Grèce avait fini par s’imposer comme un test de crédibilité et d’aptitude à prendre des décisions ». Cette dernière phrase est très parlante : il s’agissait d’un vulgaire « test match » pour les uns.  Cela a été plus ou moins compris par les Français. Mais il prend les peuples européens pour des idiots. Car de l’autre côté, cette déclaration vise la dissimulation des pratiques financières et l’instrumentation qui a été faite de la gestion de la dette grecque par la Troïka.

Mais regardons l’autre mécanisme simultané : La Grèce devrait maintenir ses importations en empruntant de l’argent. Le principal intéressé dans les échanges est l’Allemagne avec qui elle a la majeure partie de sa balance de paiements. Au taux de l’Euro fort, la Grèce a plus que payé. Et avec la logique de faire durer le plus possible, elle a donné à l’Allemagne le moyen de rembourser, lorsqu’elle le décidera, certaines réparations de la 2e guerre mondiale. Nous avons l’habitude de considérer les mécanismes bancaires comme orthonormés, et ceci par crédulité ou par ignorance. La question est : «  Est ce que la Troïka était capable de faire plier ce bouc émissaire, oui ou non ? » R : OUI 

Q : « Est-ce que la dictature de la finance l’emportait, oui ou non ? » R : Avec un tel soutien politique, OUI

Q : « Est-ce que l’Europe entière peut être menacée et soumise à ce régime ? » R : OUI, et chaque fois que les peuples se redresseront dans une tentative de prendre leur avenir en main.

Q6 : Quelles sont les différentes issues pour l’Allemagne et pour la Grèce ? Sont-elles européennes ou non ?

Cette question ouvre la porte à d’autres questions

1ere question : Est-ce qu’un règlement au sein de l’Europe est possible ?

1a) D’abord regardons la réalité économique de la Grèce :

Comptabilité Publique  (2013) Valeurs en Mds € *

 

ACTIF

 

PASSIF

 

Capitaux propres (position nette)

 

1.838

 

Dette Publique (2012)

 

348

 

Richesse publique

350

 

 

Sous-sol

1.200

 

 

Remboursement des prêts d’occupation

316

 

 

Capital intellectuel

50

 

 

Entreprenariat

50

 

 

Diaspora

70

 

 

Capital culturel

150

 

 

Total

2.186

2.186

         

*Source : Tzanetos Gouskos, « la Dette et notre devoir ».

Il ne faut pas oublier aussi les dettes de l’Italie et de la Bulgarie envers la Grèce, environ 11 et 10 Mrds respectivement, non comptabilisés dans les chiffres ci-dessus, puisqu’ils concernent seulement l’Allemagne.

Donc, comment est-il possible qu’une entreprise, un pays dont la position nette, c’est-à-dire les capitaux propres, est 5,2 fois plus grande que sa dette puisse être considérée en faillite ? N’attendons pas que quelqu’un vienne nous l’expliquer, c’est à nous de donner aux valeurs leurs prix.

Donc  non seulement ça vaut la peine, mais il est plus facile de dénouer le cas grec que de dépenser des centaines de milliards pour faire venir des nouveaux adhérents à l’euro. Il faut tout de même rappeler que la première option a un effet plus immédiat sur la solidité de l’euro par rapport à la seconde option.

1b) Est-ce que la situation institutionnelle au sein de l’Europe le permet ? Est-elle suffisamment forte pour procéder à la résolution du problème entre Grèce et Allemagne ?

Il semble que non. Il faut tenir compte du fait que l’Europe est un espace politique partagé inégalement. Ses institutions sont là pour en assurer ce déséquilibre qui procure les privilèges aux grandes puissances. Même si le taux de fédéralisme et le taux d’intégration de ces mêmes Etats, varient par volet d’activités ou encore par saison, ces deux paramètres dépendant fortement des Etats membres puissants, qui sont beaucoup moins intégrés au niveau européen et qui conservent à travers cette distance leurs propres feuilles de route. Une démocratie doit être protégée par les principaux intéressés et ne doit être confiée, ni à la BCE qui est un pouvoir privé, ni à un autre pouvoir financier qui agit par des politiques d’Etat interposées, ni à un consortium de pays ou d’institutions communes qui n’ont pas vocation de garantir cette protection.

Exemple : Depuis 2009 nous avons assisté à toute cette propagande aux dépens de la Grèce, certaines entraient même dans la compétition économique (exemple des activités touristiques). Cette propagande fut même institutionnelle, Etats, ministères et directement ou par agence ou allié interposés, la pratiquent depuis longtemps. L’ouverture de l’Union Européenne vers la mondialisation a lancé  et favorisé ces guerres d’institutions, et la propagande est devenue depuis longtemps politique économique des politiques des affaires étrangères.  Conclusion : La situation européenne n’est pas assez mature pour cela.

 

2) Est-ce qu’un accord bilatéral entre Allemagne et Grèce est possible ? 

C’est le cas le plus probable, puisque l’Allemagne en s’émancipant préférerait régler ce conflit sans la médiation européenne qui pourrait lui être défavorable pour des raisons évidentes.

3) Il reste à considérer le rôle de la classe politique grecque, facteur déterminant pour chacune des options citées :

Elle a facilité la dette (c’est pire que l’oligarchie aristocrate des années 1780 en France).        Elle a été de tous les soutiens aux régimes qui lui étaient favorables, y compris les dictatures.       Elle a aidé à la mise en place des mécanismes pour que cette dette injuste soit payée.

Pour le moment la classe politique ne bougera que lorsqu’elle verra ses privilèges en danger. Tant que le peuple grec ne prend pas son destin en main, il y aura toujours une élite qui se mettra au-dessus des partis politiques.

 

Il est fort possible que les Grecs se réveillent, et ripostent en se révoltant, plutôt qu’ils subissent encore pour plusieurs décennies ce qu’il leur arrive. Si une telle crainte s’avère potentielle, aussi bien l’Europe et l’Allemagne auront grand intérêt de bouger rapidement, et cette fois-ci non à travers des analyses et des enquête interminables mais avec des paiements immédiats provisionnels, assortis d’un plan de développement tout ’en lançant en parallèle s’ils le souhaitent les discussions qui pinailleront sur le s’il faut régler à 330 ou 320 Mrds. La désapprobation de l’Europe que l’on constatera en Mai dans tous les pays du Sud, y compris en Irlande ou l’Islande ou dans les Balkans, avec la Grèce en premier, vient du fait qu’elle a toujours donné les délais que les grandes puissances lui ont demandé. On l’a vu des centaines des fois. On l’a vu encore pour le délai accordé à la France pour son déficit budgétaire.  Mais pour ce qui nous concerne ici, on l’a vu lors du retard de réaction devant le cas grec, obligeant le pays de s’asphyxier et accepter l’intervention du FMI qu’il n’a jamais souhaité. Il ne pas du tout improbable que la Grèce se voit remboursée en euros à un moment précis ou la valeur de l’euro sera au plus bas.