2016 : l'année de toutes les crises grecques

  1. La semaine dernière l’Eurogroupe rappelle au ministre des finances grec ses promesses pour l’entrée du FMI dans le programme d’aide. Cela jette un froid dans les relations de la Grèce avec l’Eurogroupe, puisque ce dernier montre que la position opposé du gouvernement grec n’est pas prise en compte, comme par ailleurs toutes ses positions, en réveillant les non-dits depuis le début des négociations : Le gouvernement d’un pays sous tutelle n’est pas un gouvernement mais de simples exécutants.
  2. Le discours du FMI, vendredi dernier, vient de jeter un froid sur la situation déjà glaciale. Il vient d’annoncer un changement de ses propres critères d’admission dans ses programmes d’aide, d’un pays en difficulté de financement. On rappelle ici ces quatre règles pour une intervention exceptionnelle du FMI dans le financement de la dette ou du budget d’un pays : a) Le pays est face à une difficulté de paiement pour assurer ses importations vitales, b) Le pays peut retrouver l’accès au marché des capitaux à court terme, c) le pays a la capacité politique et institutionnelle pour mettre en œuvre le programme qui est assorti au prêt du FMI, d) La dette du pays est considérée viable avec une forte probabilité.

Les propositions grecques avaient été cachées derrière l’exception de risque systémique qui a été introduite à temps.

Ci-dessous l'évolution des programmes-cadres (En rouge le scénario le plus probable aujourd'hui pour la Grèce):

Dette

Programme cadre 2002

Programme cadre 2010

Programme cadre 2016

non viable

Restructuration définitive de la dette

Restructuration définitive de la dette

Restructuration définitive de la dette

non viable de probabilité supportable

Restructuration définitive de la dette

OU

évocation de l’exception systémique

Maintien de la non-exposition du FMI (par exemple, reprofilage ou financement de la dette en vue d’améliorer sa viabilité et de renforcer les garanties des ressources du FMI

non viable de probabilité non supportable

Accès exceptionnel sans restructuration de la dette

Accès exceptionnel sans restructuration de la dette

Accès exceptionnel sans restructuration de la dette

Quel était le cas de la Grèce en 2010, en 2012 et aujourd’hui, quand tous savent que la dette de la Grèce a été empirée à cause de la gestion de la Troïka (CE, BCE, FMI) ?

Comment une institution qui se veut « sérieuse » en sollicitant le respect pour son rôle en tant qu’institution internationale, peut changer ses propres règles pour faire face à ses propres bévues à l’égard au « cas grec » ? Si les litotes du FMI se résument : « …le FMI n'a pas évalué la viabilité (avec forte probabilité) de la dette de la Grèce,….il y avait de sérieuses inquiétudes à l'époque que cela pourrait conduire à la contagion sévère à la fois dans la zone euro et au-delà. ». On rappelle aussi qu’en 2010, le FMI avait accepté de participer au « programme d’aide » à hauteur de 30 Milliards d’euros (soit 3200% du quota de la Grèce).

Selon le cadre de 2010, la Grèce aurait certainement besoin d'une restructuration de la dette et aurait besoin d'un financement officiel à des conditions favorables de sorte que la viabilité de sa dette ne soit pas aggravée. Cette solution aurait favorisé la Grèce en tant que membre du FMI, mais aurait gravement endommagé la zone euro. Comment ? Non seulement parce que les banques centrales étaient exposées en Grèce, mais parce qu’elles étaient exposées surtout dans d'autres pays souverains et banques périphériques, résultat d’une intégration de financement, longue de plus de dix ans, dans la zone euro.

En outre, une restructuration de la dette impliquerait que les obligations d'État, qui ont été considérées comme des actifs sans risque sur les bilans des banques, auraient besoin d'être ajustées en fonction du risque et ce serait imposer une recapitalisation supplémentaire des banques qui ont été à peine sorties de la crise de 2008-2009. Ce point, pour dire que la Grèce a été pénalisée à payer sa dette à sa valeur nominale et non au prix fixé par les marchés des capitaux. Donc le refus de la Grèce pour la restructuration de sa dette a été occulté par le risque systémique. La Grèce a perdu ainsi sur le plan médiatique et informationnel. Lorsque des voix se sont élevées pour dénoncer les failles du programme de « sauvetage » et l’usurpation des biens publics qui allait suivre, la Grèce était entrée déjà dans une spirale de catastrophe économique. En vérité, la dette de la Grèce n'a pas été abordée au début lorsqu’il était nécessaire et lorsque toutes les solutions étaient possibles. Six ans plus tard, la dette, et sa viabilité, domine l'ordre du jour, après avoir grimpée à un peu moins de 180% du PIB après trois « sauvetages ». Le FMI, pour corriger son image, n'a pas confirmé encore son rôle dans le dernier programme en mettant en avant la condition de la viabilité de la dette, ce qu’il n’a jamais proposé auparavant.

En résumé, il semble donc que la situation tourne très mal pour Tsipras et son gouvernement, et son discours politique, montrant sa volonté de se battre ne fait plus recette car, toutes les batailles qu’il a conduites « contre » les Institutions ont été perdues complétement, comme dans le jeu du chat et de la souris . A croire que le but des institutions est de contribuer aux souhaits politiques des créanciers, en détrônant un gouvernement de « gauchistes » et en aidant une coalition plus compatible avec les mœurs et les peurs des créanciers et investisseurs. Par ailleurs, aucun media ne s’occupe du « cas grec », un cas largement commenté, malgré un très traitement partial et superficiel.

Aujourd’hui le FMI admet que cette politique ne fonctionne pas parce que: a) tout d'abord, l'exception n'empêche pas la contagion, « comme cela est compréhensible", puisque la dette n’est pas abordée (facile de constaté à postériori ce qui ne pourrait pas être oublié à priori) et parce que ceci n'a pas calmé les marchés (il s’agissait d’une expérience, ou bien d’une tactique de sauvetage de l’argent privé ?), et b) dans la mesure où le financement officiel sert à répondre à des créances privées, il subsiste un "risque de subordination" selon lequel l'argent privé est considéré comme étant moins attractif que les propositions officielles et on est disposé à prêter à ce pays et puisque l'accès aux marchés n’est pas atteint. (Jamais la perspective de retour sur le marché des capitaux n’a été abordée de façon isolée, mais uniquement comme la conséquence d’un assainissement des finances publiques par le biais des Memoranda).

C’est pour ces deux raisons que la Grèce fut contrainte de payer des coûts élevés et que le succès potentiel du programme a été mis en danger dans la mesure où la viabilité de la dette n’a pas été abordée. Deux commentaires s’imposent :

a) Ou bien en 2010 le FMI avait pris une position juste politique, en bafouant les intérêts légitimes de la Grèce en tant que membre, et à juste titre il a été critiqué par la communauté internationale pour le non-respect de ses propres règles et engagements sur lesquels sont fondées les adhésions des pays-membres. Il avait participé à hauteur de 30 milliards à un plan d’aide de 110 milliards, que la Grèce a bien payé avec tous les intérêts. On dit que c’était pour sauver l’euro, mais il a dévasté économiquement la Grèce. Sauver l’euro et sauver la Grèce étaient deux options contradictoires ? Il semble que non. L’excuse avancée par le FMI fut « l’évaluation non correcte de la dette grecque ». Si la Grèce avait obtenu un accès exceptionnel au programme du FMI, elle aurait bénéficié d’un reprofilage de sa dette envers les créanciers privés et au bout de trois ans de programme elle s’en sortirait, au lieu de payer 300 points de base au taux Euribor pour assurer l’obtention des prêts des partenaires de la zone euro.

b) Le changement du cadre du FMI pour 2016 n’exclue pas que la Grèce soit de nouveau mise dans une situation encore plus catastrophique. Pour éclairer cette éventualité, il faut fouiller aussi dans le directoire du FMI et voir comment les politiques des pays de ce directoire se confondent avec les politiques des pays forts qui dirigent l’Europe et l’Eurogroupe. La Grèce aujourd’hui, avec un objectif d’excédent primaire de 3,5% du PIB, est poussée à reproduire la spirale infernale en intervenant sur la fiscalité, ce qui est à l’origine des tensions sociales actuelles et des risques d’instabilité politique auxquels on assiste. D’abord parce qu’il semble que ce soit la seule possibilité fiscale où le gouvernement peut piocher, et puis, parce que cette option fait plaisir au FMI qui a montré que c’est l’option qu’il préfère.

Les Européens, surtout l'Allemagne, veulent toujours que le FMI participe au dernier programme grec de 86 milliards, parce que le FMI est considéré comme un garant du plan de réformes assorti au prêt, du fait de sa capacité technique et son idéologie politique qui satisfait le bloc dur européen pro-allemand. Le FMI, cependant, ne peut que réaffirmer que la Grèce a besoin d’un allégement "significatif" de sa dette et en a fait de cela une condition sine qua non de sa participation. La Grèce veut toujours l'allégement de sa dette, que le FMI recommande, mais elle ne veut pas les politiques que celui préconise.

Le plan proposé par le gouvernement, et actuellement en cours d'examen par les institutions, ne semble pas prévoir les économies à long terme que le FMI recherche, et il sera certainement rejeté par l’Eurogroupe qui veut pousser le FMI a nuancer encore sa position pour faire pression sur la Grèce. Si l’Eurogroupe accepte cela, alors le FMI poussera à l’allégement de la dette. C’est plus que certains que les européens de la zone euro voient d’un mauvais œil une réduction de la dette grecque. C’est sur ce scénario que le risque d’une impasse est réel, puisque l’Eurogroupe rappelle à l’ordre le min des finances grec sur ses engagements pris, concernant l’acceptation du FMI dans le « programme d’aide ».