Le mois de la vérité

C’est le mois de la vérité pour la Grèce, manifun mois qui sera parlant sur tous les plans de sa politique, son économie et sa société. La semaine prochaine une manifestation géante rejoint un mouvement protetataier européen cette fois, afin de montrer qu’avant tout gouvernement ou tout Eurogroupe, ce qui importe ce sont les peuples. C’est le mois de la vérité aussi pour l’Eurogroupe et la zone euro. C’est le mois de vérité aussi, qui fera rappeler que l’échec d’un système n’est pas la faute ou la mauvaise volonté du peuple grec. C’est le mois de vérité pour un système européen, qui se veut « stable », « équitable », « transparent », dont on verra en plein jour l'absurdité d’avoir fait porter à 100% le coût du sauvetage des banques européennes aux Grecs, alors qu’une petite portion, - 5% - calculée à posteriori sur la base de la comptabilité de l’Etat, n’a été dans les caisses de l’état grec.

Depuis 2010, le plan machiavélique de ces opérations de sauvetage des banques, orchestrés par Scäuble avec la coopération totale de Jean Claude Trichet, a été exécuté de concert avec une campagne de désinformation et de calomnisation des Grecs, de leurs gouvernement, bref de leur état. Depuis, les déboires des gouvernement grec, qui se sont succédés, mais aussi, ceux des créanciers et de l’FMI, ont fait durer une situation inacceptable aux dépens de la population grecque.

Nous l’avions vu depuis le début, la pression sur le gouvernement Tsipras, depuis son élection, est multiple et multiforme. En fait, d’après les analystes, la date du prochain remboursement de la dette grecque, le 20 Juillet, vient coïncider avec le vote des Britanniques sur le Brexit. Cette date butoir a été utilisée par les créanciers pour exercer leur pression afin d’obtenir du gouvernement grec toutes les garanties, à travers les réformes, et du remboursement de la dette à un rythme acceptable, et des conditions pour que ce remboursement soit optimal pour eux, en montant des annuités et en rythme. D’où la privatisation effrénée des richesses publiques, - le mot exact est braderie à attribution préférentielle - adoptée par la Grèce, afin de montrer que le 3,5% du PIB est atteignable à partir de 2018 et pour les années à venir. En manque de liquidités, le gouvernement grec n’a pas reçu d’aide du MES depuis fin 2015, et cède sur toutes les exigences des créanciers. Complicité ou juste impuissance ? Difficile à dire à ce stade, mais cette question trouvera sa réponse aussi à la fin du mois de Juillet, lorsque l’histoire sera écrite.

Car dégager un tel excédent primaire pendant une longue durée est impossible, surtout pour un pays ayant le profil économique de la Grèce. C’est justement cette question de la soutainabilité de la dette qui émerge, pour dénoncer d’abord la logique des créanciers, et puis le cheval de Troie qui vise la liquidité des biens grecs. C’est ainsi que le sujet de la soutainabilité de l’économie émerge, une première au niveau mondial mais aussi au sein de l’Europe économique, qui laisse poser la question. Que faire de celui qui est économiquement non viable ? Personne n’a entendu les cris des experts lorsqu’ils invitaient lesz responsables de se focaliser sur la viabilité de l’économie et non sur celle de la dette.

Sans l’aval du FMI, indispensable au programme…. ce qui montre bien les limites financières du MES, ce « plan d’aide » n’est pas possible, car le FMI ne peut prêter à des pays ayant une dette insoutenable. Sans FMI, le gouvernement allemand ne peut obtenir l’aval du Budestag et donc ne pourra pas participer à ce 3e memorandum.

Du coup, l’Eurogroupe dit que la Grèce doit payer sa crédibilité auprès du FMI en adoptant plus des mesures d’austérité, appelées « mesures contingentes », d’un montant de 3,6 Milliards d’euros, - environ 2,2% du PIB - qui contiennent entre autres des nouvelles coupes dans les retraites et les salaires. Rappelons que déjà tout revenu au-dessus de 9550€ par an est taxé, - le gouvernement grec propose 8192€ et les créanciers demandent 8.182€ - et que la retraites est ramenée à 380€ par mois. En cherchant de cette façon pour voir si les Grecs n’ont pas d’autres ressources ou revenus non déclarés, l’Eurogroupe n’hésite pas à humilier un Etat. Cette position est compatible avec les plans de l’Allemagne, qui consistent à affaiblir les Etats de l’eurozone en limitant leurs possibilités de se financer. Lorsqu’un état ne peut plus prélever des taxes, cet état n’existe pas. Pire, l’Eurogroupe demande des garanties fermes, votés par avance par le parlement et implémentées de façon à assurer automatiquement les objectifs. C’est ce que Schäuble avait proposé il y a deux semaines.

Mais cela ne suffit pas pour terminer le 3e « plan de sauvetage ». Il est de coutume, chez les créanciers, de vouloir demander des garanties politiques aussi, et Tsipras ne peut en fournir. D’abord, parce qu’il représente un parti d’extrême gauche, il a été jugé peu coopératif avec les créanciers depuis un an et demie, et puis parce que lorsque la garantie politique ne vient pas de tous ceux qui font confiance à la Grèce, en l’occurrence des investisseurs, seuls dont l’humeur est prise en compte par l’Eurogroupe et le FMI. Un changement de gouvernement leur serait souhaitable, mais ils savent qu’il n’y a aucun qui conviendrait aux yeux des Grecs. C’est ce qui sous-entend Tsakalotos lorsqu’il parle de « failed State » dans sa réponse au FMI hier. Les « failed states » sont la Lybie, La Syrie, etc…., c’est-à-dire pousser la population dans une situation extrême où les règles de survie prévalent de tout ordre social.

Evidemment, aussi bien les créanciers que le FMI, accusés par le passé de s’être trompés à plusieurs reprises sur leurs estimations et mesures contre-productives, ne veulent pas discuter sur les détails, jugeant que cela fait perdre du temps…… Cette alliance Eurogroupe-FMI vise d’enlever au gouvernement grec la maîtrise de sa politique budgétaire et financière, pourtant protégée par la constitution. Cette proposition de contourner la constitution d’un Etat dit souverain est une atteinte à l’ordre démocratique qui vise l’instauration une fois pour toutes du contrôle des créanciers sur le pays.

Malgré le fait qu’ils soient prêts à assumer une instabilité politique contrôlable, pourvu que leurs objectifs soient réalisés, car, plus ça dure plus la zone euro sera bousculé par les mouvements sociaux, les créanciers ne sont pas prêts à laisser la Grèce vivre un deuxième drame et ce drame arrive en galopant.

Dans ce contexte tendu l’Allemagne assouplirait bien sa position, mais Merkel fait face à ligne dure du parti AfD, en pleine expansion. Pourtant les Etas-Unis ont bien donné l’avertissement et les consignes : « règlement rapide et allégement de la dette ». La semaine qui vient de passer est assez riche en événement et commentaires de toute sorte, permettant de saisir un peu plus les nuances des politiques variables des uns et des autres.

L’article de « Die Welt » dans sa parution du Vendredi 7 Mai, qui commente l’actualité politique, est assez parlant, même s’il prépare l’opinion publique à un assouplissement de la politique allemande à l’égard de la Grèce. Le journal dénonce le caractère inflexible de la politique allemande qui demande 4% d’excédent budgétaire, dépeint la situation désastreuse économique de la Grèce et souligne que ceci n’est pas bon ni pour le pays des vaincus ni pour ses créanciers. Et que le redressement économique n’est pas de retour après sept années de reformes et d’austérité.

Le journal Handelsblatt, l’équivalent du « Les Echos » en France, reprend l’historique des fait et rejoint le camps de tous ceux qui ont changer de camp depuis le début de la crise.

Les Américains montent le ton. Mais que se passe-t-il depuis quelque mois, depuis exactement Janvier 2014, du secrétaire d’éta au Trésor américain, Jack Lew, lorsqu’il appelle « les européens » à renforcer les filets de sécurité dans la zone euro ? Le même homme d’état, juste après les élections de Juin 2015 qui ont porté au pouvoir Syriza, demande le rétablissement express de la viabilité de la dette grecque. Effectivement depuis quelques mois, un vent différent souffle, loin de l’optique allemande sur la gestion monétaire en Europe, loin de son refus à contribuer à la croissance mondiale. On entend des commentaires nuancés et puis hostiles, non seulement à propos de la Grèce, mais aussi à propos de l’Europe, de l’Occident, des alliances nouvelles, bref de ce qui constituera sans doute le fond des choses pour quelque temps, tellement la préoccupation américaine est grande pour sauver ses meubles et immeubles. Et voilà que les Américains, désignent une solution du « problème grec » très vite, mais il n’y a pas eu beaucoup de volontaires, car en fait le seul pays qui doit changer de politique à l’égard de la Grèce c’est l’Allemagne. Pourtant il y a eu du mouvement. Des experts, des commentaires officiels, des bonnes volontés, même ceux qui n’avaient rien à dire ont profiter de l’occasion pour dire quelque chose. C’est imminent, le « problème grec » sera traité, mais aux dépens de qui ?

Le fait que Lagarde mette en doute l’efficacité des mesures conclues il y a un an, à savoir l’objectif de 3,5% d’excédent primaire, souligne une volonté du FMI de se rendre crédible après ses déboires dans le « dossier grec », en montrant que ce n’est pas le FMI mais l’Allemagne qui est à l’origine de la pression sur l’économie grecque. Il fallait donc, revenir sur l’efficacité de cette mesure et de son impact sur le redressement de l’économie grecque. Elle propose un objectif de 1,5% et propose l’élargissement de l’assiette de taxation au lieu des coupes franches sur le budget de l’Etat. Le FMI réitère sa demande d’allégement de la dette et met en doute le mécanisme automatique d’austérité proposé par le ministre grec des finances (déjà proposé par Shäuble).

Le ministre des finances grec ne fait pas attendre sa réponse et maintien l’excédent primaire à 3,5%, en montrant que le gouvernement grec est d’accord pour la mise en place d’un mécanisme automatique qui rendrait l’austérité permanente et constitutionnelle.

La tactique du FMI est prévisible et relativement bien comprises par les analystes : après l’évaluation de l’implémentation des mesures, il va revenir en demandant le changement de la législation sur le travail et la baisse des salaires. Il n’y a pas de gouvernement possible, toute alliance politique confondue, qui serait capable de se charger d’une telle mission. Cela explique pourquoi le gouvernement Tsipras refuse l’allégement de la dette, qui est assorti aux intentions du FMI.

Ne pas se ranger avec le FMI pousse à se ranger avec l’Allemagne. Ceci n’est pas obligatoire, mais c’est ce que le gouvernement grec fait. Ceci torpille l’allégement de la dette et toute autre réclamation sur le bien-fondé de la dette odieuse que le peuple grec doit assumer. On rappelle que les Institutions demandent à la Grèce de payer la valeur nominale de la dette et entièrement. La manœuvre du gouvernement, c’est-à-dire, pas d’allégement mais pas de coupes sur les salaires et les retraites, est une tactique électorale et non une tactique économique, car à terme ceci aura un impact très négatif sur la croissance, avec une grande pression sur les retraites, ce que le FMI demande d’ores et déjà. Rien n’exclue non plus que l’Allemagne demande les mêmes mesures, lorsqu’elle sera politiquement prête à parler d’un échelonnement ou réduction de la dette, c’est-à-dire d’ici 2-3 mois. Et les Grecs ont bien ressenti cela, comme on constante dans les uotidiens d'information.

Le gouvernement grec vise une négociation directe avec l’Allemagne, dans un but d’éviter les mesures indésirables du FMI dans le programme d’aide, c’est-à-dire ce 4e memorandum qui place le niveau de vie des Grecs sous le seuil de pauvreté à perpétuité. Mais le FMI, lorsqu’on regarde ses statuts, son fonctionnement, ses décisions, a toujours œuvré pour ceux qui le détiennent, qui ont les droits de vote, dont l’Allemagne. Le FMI, qui par sa tactique pousse la Grèce dans la gueule du loup, en l’occurrence ici le loup est l’Allemagne, ne fait rien d’autre qu’aider les pays puissants à maintenir les conditions néocoloniales infligées aux autres, dont la Grèce. Depuis plus de 15 ans les tentatives plutôt réussies, des différentes alliances économiques d’Etats, à par le monde, nous ont bien éclairé sur le détournement au profit de quelques-uns, du rôle que le FMI avait officiellement.

Mais le problème de la Grèce vient des forces auxquelles elle s’oppose, et dont on ne parle jamais, même si en apparence, le problème de la Grèce semble venir de l’usure politique de son gouvernement, que les Institutions avec beaucoup de sang froid depuis le début ont bien pris la peine d’œuvrer. C’était facile face à un gouvernement sans aucune expérience des affaires internationales et dans une position de faiblesse économique.

Nous savons que le dossier grec sera traité bientôt….. Nous savons que tous font quelque chose pour tirer la couverture vers eux, chacun pour soi. La Grèce aurait mieux fait de ne rien faire, de ne jamais aller à ces réunions avec l’Eurogroupe, de ne jamais rien proposer. On ne se bat pas quand on perdu tant, et le gouvernement de Tsipras semble aider l’Allemagne à tirer mieux sa couverture.

Chaque fois, la Grèce n’avait pas d’alternative, refoulée derrière ses derniers retranchements, et ceci n’est pas une question de gouvernement de la Grèce mais de gouvernance européenne. Cette neutralisation lente mais progressive ayant comme but la dissolution de la Grèce, à travers cette austérité protégée constitutionnellement que l’Allemagne veut, a une limite, qui peut être la riposte. La riposte peut provenir des Etats plus nombreux ou plus puissants, lorsqu’ils se sentiront dans la ligne de mire, soit par les peuples malmenés par les conditions d’austérité, soi-disant prometteuses de jours meilleurs…..