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euroDepuis 2010, la discussion officielle sur la dette grecque, sous la pression des critiques au niveau international, a été progressivement déplacée d’un cadre fantaisiste et imprécis vers un cadre de plus en plus réaliste. Le programme de sauvetage de la Grèce lancé cette année a supposé que le ratio d'endettement Dette/PIB pourrait tomber sans aucune radiation des dettes privées. Après une restructuration conséquente de la dette privée en 2011, il était prévu que ce ratio puisse descendre à 124% du PIB en 2020, un objectif que le Fonds Monétaire International a cru pouvoir atteindre.

Actuellement, le FMI estime qu’un ratio de 173% serait possible en 2020, mais seulement si les créanciers officiels européens de la Grèce accordent un allégement supplémentaire significatif de la dette. Cette position, quoiqu’insuffisante selon grand nombre d’économistes, constitue une avancée vers un réalisme économique au milieu des positions rigides de l’Eurogroupe.

L’aggravation des perspectives relatives à la viabilité de la dette, au moins pour la période 2010 – 2015, est due au refus des responsables de la zone euro de déprécier la valeur de la dette et à leur incapacité managériale d’assumer leur ingérence dans les affaires économiques de la Grèce. A noter sur ce point les critiques de plus de 100 pays dans le monde de la gestion désastreuse des plans de « sauvetage » de la Grèce par la Troïka, qui a privé l’Etat de ses moyens de se financer et a augmenté la dette.

Le programme de 2010, que les créanciers ont imposé, engage la Grèce à transformer un déficit budgétaire primaire (hors service de la dette) de 5% du PIB en un excédent de 6%. Mais l'austérité, nécessaire pour ces objectifs, provoque une récession économique et une régression sociale profondes et un ratio d'endettement en hausse, contrairement aux attentes.

Aujourd’hui, la zone euro exige que la Grèce atteigne 3,5% d’excédent primaire et qu’elle maintienne cette orientation budgétaire pour les décennies à venir. Les conséquences de cette ligne de politique économique destructrice sont déjà visibles : les jeunes partent à l’étranger, plus de 600 000 à l’heure actuelle, pour contourner le fardeau de payer la dette, ce qui compromet sérieusement tout plan d’économie pour le moyen et long terme.

Le FMI fait valoir, à juste titre, que cet objectif est follement irréaliste et il propose maintenant un excédent primaire, plus réaliste, de 1,5% du PIB, mais cela ne pourrait mettre le ratio de la dette sur une trajectoire viable que s’il est combiné avec une réduction significative de la dette. On avance des chiffres de 30%–70%. Il y a quelques mois encore le FMI posait la condition, pour sa participation au programme d’aide, d’un effacement significatif de la dette. Depuis, son discours a été plus nuancé et il ne voit pas du mal à remplacer l’effacement de la dette par un reprofilage des conditions de son remboursement.

Cependant, la position officielle des dirigeants de la zone euro, notamment celle de l’Allemagne qui représente aussi les objectifs occultes, financiers et politiques des autres pays-membres, continue à écarter cette possibilité. Les partisans de cette politique, notamment des pays qui sont sous influence allemande, considèrent seulement une extension des maturités et des taux d'intérêt réduits à une date ultérieure, mesures sans aucun effet sur la supportabilité de la dette.

La réduction de la dette est plus qu’inévitable, elle est dans l’intérêt de l’Europe et du monde occidental. Ce n’est pas uniquement une simple question d’honnêteté, mais aussi un réalisme économique. Si cette dette était mise sur le marché, sa valeur réelle serait environ le 10% de sa valeur nominale, tellle est la probabilité qu'elle soit payée. Le choix d’imposer à la Grèce de payer sa dette à la valeur nominale, en prennant toutes les mesures, dont le contrôle de ses capitaux, encore en vigueur, était un choix politique qui permettait à l’Allemagne de garder dans son giron la Grèce, tout en se servant, et réclamer à la Grèce le paiement intégral, intérêts inclus jusqu’en 2059. Si la France n’a rien dit, c’est qu’elle attend sûrement son tour, en tant que second au rang des créanciers. A noter ici la dernière visite de Hollande en Grèce où il fut accompagné par Suez, Alstom, Carrefour, Vinci, Air Liquid, Newerest, Danone, Bel, Pernod-Ricard, Crédit Agricole, etc…. Les choix français pour une attribution préférentielle des centres économiques vitaux du pays, à l’identique des Allemands, sont déjà médiatisés : Gestion de l’eau d’Athènes et Pirée, gestion du port de Salonique, gestion des autoroutes, mines et carrières, productions agricoles, etc.

La complicité franco-allemande sur ce point restera dans l’Histoire comme les accords d’Algésiras ou les Traités d’indépendance signés entre la France et certains pays d’Afrique, qui continuent à payer un « impôt » à la France pour des services rendus pendant la colonisation. Cette africanisation de l’Europe du Sud, qui commence par la Grèce, ne restera pas sans conséquences pour les générations futures.

La dette grecque a des multiples origines et son développement historique pointe notamment sur l’intensité des pratiques d’influence par la dette, et pour cela il faudrait regarder de près les agissements des acteurs de la finance internationale, mais aussi les pratiques politiques nationales qui trouvent sur l’endettement public un moyen précaire de résolution des problèmes économiques. Dans tous les cas, la dette grecque, depuis la création de l’Etat contemporain grec, il y a bientôt deux siècles, est intimement liée aux activités coloniales des puissances européennes qui ont été à l’origine de sa création. Ceci pour dire, sans minimiser le rôle des gouvernements grecs depuis 40 ans, que les initiateurs de la dette sont aussi les partenaires économiques et politiques de la Grèce. Ceci est bien visible lorsqu’on observe à la loupe la logique des dépenses publiques grecques et les partenaires économiques relatifs.

De surcroît, la notion de l’Europe vient occulter les relations néocoloniales qui continuent à exister, comme aussi, les perpétuels antagonismes entre les pays qui ont été à l’origine des guerres désastreuses en Europe.

Il est temps de reconnaître qu’une dette excessive peut être oubliée, car non seulement il n’est pas réaliste d’insister à faire payer ceux qui ne peuvent pas payer, mais surtout parce qu’il est destructeur, car générateur d’autres crises économiques et financières. C’est un minimum que l’on doit faire lorsqu’on a permis à la dette d’atteindre un tel niveau. Il faut noter ici le rôle de la Troïka (FMI, BCE, UE) dans l’augmentation de cette dette.

S’il n’y a pas moyen de contenir les créanciers du monde entier dans un cadre de pratiques responsables, la limite de réduction de la dette, par le biais d’un mécanisme automatique, les dissuaderait de prêter à un gouvernement en situation de surendettement. C’est une mesure analogue à celle que les Grecs subiront sous peu, qui les taxera automatiquement, une mesure imposée par les créanciers exigée pour le déblocage de la tranche d’aide prévue pour le 20 Juillet 2016.

A la fin de 2015, la dette publique de la Grèce était de 176% du PIB, avec une évolution négative (-0,6% au 3e trimestre de 2015 et -0,5% au premier trimestre 2016, selon Eurostat). Le gouvernement grec ne pourra jamais rembourser cette dette, car tout simplement le peuple est à bout et les dernières mesures sur la baisse des salaires ont déjà compromis tout espoir d’une éventuelle croissance.