ELSTAT et stats

ElstatIl y a quelques années, en 2010, un crime était commis, celui de la falsification délibérée des données statistiques, celles prises en compte par la Commission Européenne pour lancer ses « plans de sauvetage » suite à la crise financière et économique de 2009. Nous en avions parlé, en le dénonçant et en essayant de mobiliser les citoyens européens contre la restauration et la généralisation du colonialisme, financier cette fois, qui vise l’enlèvement de l’Europe en vue de la construction ’un édifice de nature bancaire et  financière. Dans cette restauration, certains n’ont pas omis d’implémenter des intérêts, en utilisant la dette souveraine pour faire pression sur le nations, et surtout pour exploiter la désunion entre les peuples.

Pour ce qui concerne la cas grec, la suite on la connaît : La Troïka arrive en « sauveur » et on assiste au 1er « plan de sauvetage ». Ceci a donné une augmentation de la dette grecque (très bon placement pour les créanciers), une dégradation de l'économie du pays par la baisse du PIB et l'enlèvement de ses sources de revenu, et à un 2e plan de sauvetage, qui non seulement n’a pas été bien conçu, comme cela a été reconnu par le FMI et autres instances internationales, mais il a aussi engendré le 3e plan, actuellement en application, d’un montant de 86 Milliards, maintes fois estimé et surestimé, évalué aussi inefficace et destructeur, au point où les voix qui s’élèvent partout dans le monde pour dénoncer le pillage organisé de la Grèce, et avec lui la main mise sur les économies des peuples européens, ne cessent de se multiplier et de s’organiser. Il est à rappeler que ce plan de sauvetage est à la base du nouveau mémorandum infligé à la Grèce, au nom duquel on lui prive de ses ressources et bien publiques. Nous avons assisté à la cession des aéroports à Fraport, société d’économie mixte de la ville de Francfort, les « affaires françaises », dont on ne parle pas en France, ou encore la vente de la société des chemins de fer à un prix unique offert à un candidat au rachat, Italien, seul et unique. Face à cette perte monumentale de discrédit, la Commission Européenne est en quête de crédit politique, comme celui qui lui est offert par l’affaire en question dans cet article.

Un employé, donc, un seul, car à la tête de l’ELSTAT, l’institution hellénique des Statistiques, accusé de crime pour empreinte et validation du déficit de 2009, est à l’origine de cette affaire qui a ébranlé la scène politique en Grèce. Une affaire qui convient à la restauration d'image, même celle des partis politiques bannis par le peuple. Cet employé, dénoncé par ses collègues, il est aujourd’hui au banc des accusés pour un crime très grave. Ainsi, cette affaire tout en occultant d’autres plus importantes, occupe la population grecque et divise la droite en deux camps qui s’opposent à Pasok et Potami, les partis qui soutiennent l’accusé. Les medias entretiennent aussi cette affaire et produisent une presse digne des journaux quart-mondistes.

Valdis Dombrovskis et Pierre Moscovici, en sautant sur l’occasion, pour fermer toute porte ouverte aux tornades des scandales, et tout en se montrant au-dessus de la mêlée, dans un courrier officiel adressé au ministre des finances grec un courrier, s’immiscent ainsi dans l’affaire de la Justice qui lie un des employés de ELSTAT. ELSTAT est supposée indépendante mais faisant partie des institutions « européanisées ». Ils appellent ainsi les autorités grecques à « affronter activement et publiquement la fausse impression selon laquelle les données ont été falsifiées durant le période 2010-2015 » et de protéger ELSTAT et son personnel de telles « affirmations non-fondées ».

Nous ne savons pas si Moscovici a les preuves de la validité des données, ce qui serait bien étonnant, où tout simplement, avec l’arrogance qui est la sienne, déclare que tout simplement ce que « la Commission déclare vrai, alors c’est vrai ». Nous ne savons pas si l’employé en question répond uniquement aux ordres de la Commission, alors qu’ELSTAT est sensée être indépendante, ce qui expliquerait le chantage annoncé de l’employé envers l’Etat grec et sa justice. Quoi qu’il en soit, l’affaire est d’une importance capitale et ceci sur plusieurs axes du développement européen, même si, jusque-là, la Commission s’est montré silencieuse.

Alors que la Commission Européenne persiste à dire que les données, que lui sont parvenues, sont exactes et d’une qualité irréprochable et complétement crédibles, il faut rappeler que cette affaire de 2010 était au centre de tout le scandale sur la dette grecque. Qui a donné l’ordre à cet employé, d’une institution « indépendante » de falsifier les données par le biais d’écritures qu’un apprenti comptable n’oserait pas faire, avec le but de montrer que dette et déficit étaient d’un niveau « autre », bien plus important, que celui en réalité ? Si ce n’est pas la Commission elle-même, c’était certainement un intermédiaire du gouvernement grec, aux bottes de la Commission. En tout cas, avec ces falsifications, la différence de traitement en comparaison avec les autres pays a été « justifiée » pendant un certain temps, le temps que la vérité éclate. L’accusé, dénoncé par ses collègues, ne nie pas vraiment les faits, et il semble avoir le profil de l’emploi. Par des écritures de données diverses et contestées avant publication par ses collègues, ce chef d'ELSTAT a construit l'image "catastrophique" de la crise grecque. C'est cela l'accusation.

Misant sur les habitudes de la Commission de se montrer en gouvernement au-dessus de certains gouvernements nationaux, plusieurs journalistes avaient prédit le fait que cette affaire influencerait l’économie de la Grèce et les négociations sur la dette. Le comportement de l’employé d’ELSTAT, le responsable de la falsification des données, présenté devant le Tribunal, et ses menaces de chantage, ont coulé beaucoup d’encre et les journalistes montrent la volonté de la Commission de couvrir l’employé qu’elle a utilisé pour justifier les prêts exorbitants dans le cadre du « sauvetage » de la Grèce. Aujourd’hui l’accusé, ex-cadre du FMI, s’est enfui aux Etats-Unis, dans une interview au Financial Times, prédit des misères dans les négociations de la dette de la Grèce, en cas où il est condamné par le Tribunal.

La Commission Européenne, pensant qu’elle devait réagir par la bouche de sa commissaire Marianne Thyssen, se montre mal à l’aise face à cette affaire qui pointe du doigt des données erronées sur lesquelles tout le mécanisme de Stabilité Financière est bâti.

Si le gouvernement grec, comme il convient dans un Etat de droit, ne commente pas les affaires en Justice, cependant l’esprit contraire de la Commission, qui consiste à passer outre les règles sur la transparence et l’indépendance de la Justice, pousse le gouvernement grec à réagir.

Le ministre des finances, mis devant le fait accompli, et devant réagir pour ne pas ajouter aux charges qui pèsent sur le gouvernement Tsipras, a observé que si l’UE a le privilège de juger une affaire, alors elle a aussi le devoir moral de déposer auprès de la justice hellénique, les données et informations relatives qu'elle pourrait détenir, pour lui faciliter le travail.

Le min. de finances grec n’a jamais reçu de la part de la Commission un rapport où l’indépendance de ELSTAT est mise en cause.

De surcroît, l’union Hellénique des juges et des officiers de la Justice s’en mêle, et à juste titre, en soulignant que les affaires de Justice intérieure ne sont pas soumises à l’opinion des fonctionnaires européens, et que cela n’empêcherait pas la Justice hellénique de continuer son travail.

L’Union des Juges souligne que la Commission, d’une manière inacceptable, en exigeant des autorités helléniques « d’affronter activement et publiquement la « fausse impression » de falsification des données », piétine l’indépendance de la Justice, toute en se émettant un jugement pour lequel la Commission n’est pas habilité à faire.

« L’invocation à l’indépendance de la Justice et de ses officiers, de la part des politiciens et des partis politiques ne peut se faire selon les cas. Il faut, enfin, qu’il soit évident que les multiples et sans raison traumatismes de l’image de la Justice par des centres de pouvoir étrangers ou internes, conduisent avec une précision mathématique à sa mise en doute systématique, avec tout ce qu’il ensuit dans un Etat de droit », termine l’Union des Juges et Officiers de la Justice, en mettant en garde les citoyens et toute la classe politique des dérives possibles que cette intervention de la Commission pourrait introduire.

C’est une affaire à suivre, car s’il s’avère que la Commission Européenne a été à l’origine du cas « crise grecque », ce que beaucoup soupçonnent, elle prendra une ampleur aux dimensions incontrôlées, d'où l'importance à ses yeux de disposer en Grèce d'un gouvernement docile, à un moment où elle dispose tous les moyens pour obtenir cette soumission. En même temps, c'est un coup dur pour le modèle européen, déjà plusieurs pays sont sensibles à se rétirer de l'Union.

Peut-on revenir en arrière en rétablissant la transparence et la justice sur le comptes grecs, c'est à dire l'origine de la dette, les vrais chiffres du déficit et de la dette, et réparer tous les préjudices qui ont suivi ? L'intérêt de la réponse ne concerne pas la capacité de l'UE de procéder dans ce sens, mais d'observer et combattre les obstacles pour y arriver.