Une année-pivot

 

crepuscule siphnos(Photo : Ouevre de D. Vontzos, Crépuscule à Siphnos)

L’année 2017 trouve l’Europe dans une crise économique et politique profonde  assortie de divisions qui affectent la cohésion des Etats membres dans leurs efforts pour poursuivre la même voie.

Simultanément, le dossier grec né bénéficie plus de la médiatisation accru reçue en 2015 et 2016 laquelle a mis la Grèce sur le banc du principal accusé, coupable pour la crise européenne.

Des voix se sont élevées, dénonçant la politique de l'autruche et celle de désigner juste un bouc émissaire. Les regards attentifs et systématiques d'une pougnée de commentateurs honnêtes, montre que le problème est plus que central dans la zone euro et le Grexit est plus que présent, malgré les efforts de la Grèce pour se conformer aux reformes exigées par l’Eurogroupe.

L’année 2017 est plus que jamais l’année décisive pour plusieurs choses et changements. Le besoin d’une autre Europe, voulue par tous mais pas vers la même direction, rejoint le changement récent pour une autre Amérique, lévier principal pour les changements à venir.

Le sort de la Grèce est donc suspendu à certains paramètres, et contrairement à ce qu’on nous dit ceci ne dépend pas des échéances électorales en Allemagne ou en France. Un regard rapide sur le calendrier nous permet de voir certaines dates-clés, connues, dont l'issue ne dépend plus de l'historique récent des négociations mais de l'agenda à venir.

Celle du 6 Février d’abord, date àlaquelle le FMI doit se prononcer clairement s’il participe ou pas, même s’il ne finance pas ( ce qui est compatible avec la ligne du gouvernement grec). Une acceptation permettrait de faciliter la mise en place rapide du « programme d’aide ». Cela veut dire aussi qu’une certaine analyse de la viabilité de la dette grecque sera approuvé par tous, analyse qui servira de dimensionner les mesures du reprofilage de la dette pour le long terme, et conclure sur les mesures similaires pour le court terme.

Puis, il y a les dates du 20 Février et du 20 Mai, dates auxquelles l’Eurogroupe aura fini d’étudier les aspects techniques de l’évaluation des reformes en cours et des mesures de l’implémentation des mesures du reprofilage de la dette, si celui-ci aura finalement lieu.

En somme, le 20 Février nous saurons, s’il faut plus de temps pour traiter le dossier grec. Plus de temps voudra dire que le FMI ne participe pas financièrement ou il ne participe pas du tout (estimant que la dette reste non-viable). C’est un scénario mauvais pour l’Allemagne et ses partenaires qui soutiennent les politiques d’austérité, qui peut avoir aussi une répercussion sur le climat politique allemand à l’approche des élections.

En absence d’accord, laisser le status quo, lorsque le temps pèse sur la Grèce du fait de sa dépendance en liquidités, n’est pas exclu, même si cette stratégie n’a pas fonctionné par le passé. Ce manque de réalisme économique des créanciers de la Grèce, décrié par les marchés en 2015 lorsqu’ils ont vu que la Grèce avait touché le fond et que d’autres mesures d’austérité n’étaient plus possibles, peut re-apparaître même s’il est peu probable. Les forces politiques d’extrême droit qui grandissent en Europe, peuvent peser en faveur d’une nouvelle pression financière sur la Grèce.

Enfin, en cas de désaccord avec les financiers, le gouvernement grec ne pourra plus payer ses fonctionnaires et il sera obligé de démissionner pour des élections anticipées, provoquant encore un retard dans le règlement de ce dossier. De telles élections sont souhaitables par les partis de la droite grecque que les sondages les donnent favoris pour gagner les élections. Dans le cas d’une telle victoire, ces partis se conformeront aux politiques de l’Eurogroupe, effaçant ainsi une page de protestation grecque à l’égard des politiques européennes.

La criticité de la situation politique grecque est renforcée par les résultats économiques plus qu’ambigus, voire artificiellement tenus dans un état de léthargie :

  • reprise très lente de correction de la pente négative du PIB, alors que celui-ci a connu une chute vertigineuse sous la gestion de la Troïka.
  • amélioration difficile du déficit budgétaire pour passer de -15% en 2009 à 0%, mais les spécialistes soulignent les aspects artificiels et techniques de cette image qui n’attire guère les investisseurs en Grèce et par conséquent souligne l’échec de l’UE de ramener la croissance en Grèce.
  • un excédent primaire en berne aussi, aux alentours de 3 Milliards, loin du 3,5% du PIB exigé par l’Eurogroupe, c’est-à-dire au-dessus de 5 milliards.

Nous rappelons que le FMI souhaite une réduction significative de la dette et un objectif d’excédent primaire bien plus faible ( 1,5 proposé officieusement en 2006 et refusé par l’Allemagne).

Enfin, il y a les échéances de la Grèce pour racheter ses obligations, tenues par les créanciers. Des dates-clés fin Février, à la mi-Avril, en Juillet, Août et Octobre, totalisent un effort de plus de 10 Milliards très difficiles à trouver sans aide.

L’année 2017 sera très dure pour la Grèce qu’il faudra coupler encore une fois avec la vision limitée des décideurs qui n’ont pas montré une volonté de revoir leur copie. Dans une telle perspective, la vision allemande, envieuse d’un Grexit moralisateur est plus que jamais à l’ordre du jour. Ceci obligera les autres pays d’accélérer la germanisation économique de l’Europe, ce qui signifie l’instauration d’un état perpétuel de crise économique et d’austérité.

C’est dans ce contexte, et pour éviter un Grexit, dont l’issue est très incertaine, étant donné l’environnement économique et politique de la Grèce actuel, que le gouvernement de Tsipras tente de remettre sur les rails une croissance qui en réalité dépend des partenaires principaux et historiques de la Grèce.

En parallèle de tout ceci, la done au Proche Orient change et le président Trump, à peine arrivé à la maison blanche, tente de redéfinir cette donne avec des nouveaux enjeux. Un monde s'écroule, celui bâti sur les anciennes promesses américaiines, et un autre naît, celui du plus fort. Plus d'histoire, plus de territoires et leurs sources de légitimité préservées jusqu'ici. Les Balkans bougent, et diluent comme l'Ukraine et la Syrie les acquis de civilisation européens, obligeant l'Europe à retrouver ses traces sans la Grande Bretagne et sans ses alliés habituels dans les zones en transition auxquelles la Grèce fait partie. Les puissances centrales ne peuvet plus assurer l'ensemble des responsabilités au nom des Etats-membres et encore moins lorsqu'un pays comme la Grèce est fragilisé sans doute à un point de non-retour. Les systématiques agressions militaires turques le prouvent. La présidence Trump révise les importances pour un autre monde. Nous devrions faire de même, plutôt qu'attendre à reprendre nos marques en se plaçant derrière les nouvelles positions américaines.

Il faut en réalité plus qu’un regard économique plus que convergent pour apprécier les tensions néo-colonisatrices ou d'agréssion que subit la Grèce en ce moment ainsi que les efforts de cette dernière  pour sa décolonisation.