Une Macédoine à la Tsipras

Nous revenons, comme promis, sur le sujet « nom de Macédoine » qui marginalise le gouvernement de Tsipras même à l’égard de sa propre base électorale. Pour rappel, le nom de l’ex-république yougoslave ou FYROM est ancien d’environ 60 ans, depuis la gouvernance de Tito sur la fédération yougouslave. Depuis, la décomposition yougoslave, et malgré la "ligne nationale" grecque, du gouvernement de Karamanlis, en 1990, qui se résume en un « ni macédoine ni un dérivé quelconque » certains pays, dont la France ont aidé à propager à l’international cette appellation « Macédoine » pour désigner cette petite république, que certains pays continuent à appeler FYROM, laquelle n’a rien à avoir sur le plan ethnique ou linguistique avec la Grèce ou la Macédoine ou encore, comme ils le prétendent, avec Alexandre le Grand.

Doter une nation d’une identité, on recherche en principe ses propres racines, linguistiques, géographiques ou ethniques, ou encore religieuses, même si ce dernier critère devient démodé dans les balkanisations modernes. On définit aussi un pays, par un territoire, un peuple, une langue et une religion. Il arrive souvent de constater dans notre monde qu’on peut être russe en parlant russe et être belge et parler français, être Canadien et parler français ou anglais et être équatorien et parler espagnol. Et on voit bien que cela n’a jamais posé un litige ou un conflit. Les choses se gâtent dès que les intérêts des uns visent les intérêts des autres. Si les Belges veulent s’appeler Français, à première vue c’est peut être flatteur, mais s’ils ont le droit d’utiliser ce nom pour les produits AOC, pour la culture française cela poserait tout de suite des jalons de conflit, surtout si les Belges éditaient des cartes de leurs pays incluant les régions françaises et de surcroît si leur constitution avaient des articles exprimant un certaine volonté de posséder les territoires du voisin.

On va rappeler aussi que cette petite république utilise deux langues principalement, le Bulgare et l’Albanais, deux communautés qui entretiennent entre-elles un conflit très vieux. Il est aussi compréhensible qu’aucune d’elles ne souhaite s’appeler avec le nom ethnique de l’autre. Les albanophones ne souhaitent pas s’appeler Bulgares, et vice-versa. Les Bulgares sont en grande majorité chrétiens et les Albanais sont en grande majorité Musulmans. Cette population est composée par les restes de l’empire ottoman et des mouvements de populations durant les deux grandes guerres.

Le tout, doit être considéré dans l’évolution de deux processus différents, l’élargissement de l’UE, et l’extension de l’OTAN, les deux souhaitent et font pression sur la Grèce de conclure ses discussions avec FYROM. L’accord conclu avec le gouvernement grec sera validé si la constitution de FYROM est modifiée. L’invitation d’adhérer à l’UE et à l’OTAN ouvrira les volets des discussions mais l’adhésion ne sera effective qu’après les changements de la constitution, et il est clairement stipulé que les invitations seront invalidées si les obligations conclues avec la Grèce ne sont pas appliquées.

Le "conflit du nom" entre FYROM et la Grèce désigne un vocabulaire-clé qui est le suivant :

La constitution : La constitution d’un pays c’est le reflet de ses attitudes passées, présentes et à venir, à l’international. C’est une base de confiance pour l’entente et la coopération, c’est un gage de paix. Déjà la Grèce a obligé en 1995 cette république de changer sa constitution et effacer certains de ses articles et références qui réfutaient l’identité grecque ou mettaient en cause ses frontières. La nouvelle constitution de Fyrom, si elle accepte de s’appeler « Macédoine du Nord », suivant le pré-accord avec Tsipras, doit encore se modifier se lon le principe de « erga omnes ».

L’appellation Macédoine, qui désigne, depuis l’antiquité, la région grecque de Macédoine, dont les contours ont été un peu modifiés depuis 3000 ans, et ceci suivant les règles et surtout l’arbitraire des administrations des pays qui en ont la conquête jusqu’à ce jour. Quelle est la légitimité de tous ces contours ? Aucune, si ce n’est que la somme des forces politiques et militaires qui veulent l’appliquer. Les Thraces, les Thessaliens, les Crétois, les Rhodiens, les Spartiates, les Athéniens, etc., et de même les Macédoniens, ont tous une définition locale, de patrie, des us et coutumes propres, mais ils ont toujours été Grecs. Comme les Occitans, les Landais, les Brettons, etc. sont Français depuis Henri IV. Le nouveau nom choisi pour FYROM sera très probablement « Severna Makedonja » et il met une fin aux prétentions territoriales de FYROM induites par le nom précédent de « République de Macédoine ». Mais les prétentions seraient définitivement anéanties uniquement si, en même temps que l’emploi du terme « Macédoniens du nord », la langue du pays était celle de la majorité démographique, c’est-à-dire le slave, ou le bulgare ou slavomacédonienne. Avec cet accord, lorsque la Grèce accepte le nom de « Macédoine » et la « langue macédonienne » au lieu de neutraliser les prétentions identitaires (et on voit bien la dimension économique inhérente), il les approuve et les valide, contrairement au discours du gouvernement. 140 pays, dont les US, la Russie et la Chine, ont reconnu FYROM sous le nom de « Macédoine » et ceci est une vérité, un frein diplomatique mais pas un obstacle insurmontable pour la Grèce, dont la classe politique, occupée par les années de la prospérité ont laissé évoluer un sujet qui peut être une raison de guerre. Dans le cadre des relations internationales, et les principes qui le régissent c'est pas simple mais pas du tout insurmontable de changer l'appelation d'un pays.

Le terme erga omnes, -pour tout usage-, a été utilisé avec une certaine ruse en laissant entendre que le nom de Macédoine serait utilisé pour tout usage à l’international, mais sans aucune mention claire dans le discours du gouvernement relative à un usage à l’intérieur. Si la question était clairement posée, si en effet les Grecs acceptent que les habitants de cette république s’auto-appellent « macédoniens », la réponse, clairement exprimée depuis plusieurs années, et soulignée lors des grandes manifestations récentes, est « non », écrit ici en minuscules, mais les majuscules correspondraient mieux au ton de la réponse donnée lors de ces manifestations. Si le gouvernement de Syriza qualifie le « erga omnes » comme un succès diplomatique, puisque celui-ci ne faisait pas partie des discussions précédentes, ce qui est vrai, cependant, et puisque le préalable à l’adhésion de l’ex-république yougoslave à l’OTAN est qu’elle s’entende avec la Grèce, la Grèce a le pouvoir de refuser les termes « Macédoine » et « langue macédonienne » dans l’identité de l’ex-république yougoslave. D’autant qu’un risque réel plane du fait que FYROM ne puisse accomplir tous les changements nécessaires par l’application du « erga omnes » à temps, c’est-à-dire avant la date de l’adhésion à l’OTAN, ce qui laisserait un préjudice réel pour le gouvernement grec et la Grèce. C’est ici que la qualité des négociations du gouvernement de Tsipras est fortement critiquée et les propositions rejetées. Avec l'obligation « erga omnes » le gouvernement de FYROM est obligé de changer sa constitution, ce qui se traduit par des changement de toute référence, y compris les manuels scolaires qui ont des cartes géographiques de cette république s’étalant jusqu’au milieu de la Grèce. Changer de nom c’est changer de constitution, mais le terme « macédonisme » par opposition au « slavisme » entre dans la constitution de FYROM et la menace sur la macédoine grecque, est réelle, puisqu’il renforce idéologiquement l’idée que la Macédoine de la mer Egée est la Macédoine de Pirin (voir cette version géographique-historique bulgare sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Pirin ). Conformément à l’idéologie du macédonisme, comme à celle de « slavisme », soutenue par la Russie dans son intérêt, la région de macédoine en Grèce est occupée et doit être libérée. Le centre des prétentions ayant cette base idéologique n’est pas anéanti une fois pour toutes, et le gouvernement grec, maladroit, et même inexpérimenté, selon plusieurs commentateurs de la diplomatie internationale, n’a pas voulu ou pas su voir. Et comment voir lorsqu’on est issu d’un parti internationaliste, qui ne voit pas la différence entre un ami et un ennemi, entre une relation internationale de coopération et de solidarité et un guet-apens ? Pourtant la propagande relative est vielle d’une quarantaine d’année et est compatible avec certains scenarios de re-balkanisation versus EE.

Le terme Identité : C’est un concept qui reste la source de nombreuses controverses, témoignant à la fois du flou de sa définition et de son usage souvent équivoque, puisque elle se réfère à la Nation qui est aussi un concept ambigu. La nation délimitée par le peuple ? Par l’Etat et sa nature ? Par des faits sociaux intégrateurs comme la religion ou les traditions ou l’idéologie politique ? Rien n’est simple, surtout, lorsque les homogénéités n’y sont plus. C’est le cas de cette ex-république yougoslave, qui, composée d’Albanais, des Turcs, des Valaques, des Bulgares et des Roms, cherche une identité pas dans ce qui sépare ses constituant mais dans ce qui pourrait les unir, en remontant aussi loin que possible pour s’autoproclamer descendants d’Alexandre le Grand. A rire ou à pleurer ? Il est fréquent de voir, lors d’une recherche identitaire, la différenciation par rapport et l’éloignement de ces voisins. Les Grecs se sont toujours opposés à l’utilisation du nom « Macédoine » pour la définition de l’identité nationale de l’ex-république yougoslave dont l’adhésion à l’OTAN est bloquée par la Grèce en 2008, date à laquelle l’appellation « Macédoine du Nord » assortie d’une localisation géographique précise est initiée. L’identité macédonienne est le véhicule de la mise sous condition de la liberté de la Grèce. (Que se cache-t-il derrière ? Il y a plusieurs éléments à considérer). L’identité macédonienne est un plus grand véhicule que le nom du pays, à condition que la Grèce reconnaisse cette petite république sous le nom de Macédoine, même composé, et s’il y avait pas cette perspective, il y aurait sans doute pas de négociations et cette république ne changerait pas de nom.

Symboles et drapeau : Comment trouver des symboles nationaux acceptés par toutes les composantes, lorsque l’histoire du pays est grecque, romaine, byzantine, turque et yougoslave ? La difficulté est réelle, mais est-ce la faute de la Grèce ? C’est par une démarche unilatérale que l’ex-république yougoslave a choisi d’utiliser le Soleil de Vergina, symbôle des Grecs Macédoniens, comme symbole national de cette petite république, contrairement aux avis grecs.Ce même symbôle est celui de la Région grecque de Macédoine mais avec des couleurs différentes.

La langue : Plusieurs langues parlées cohabitent dans cette petite république. Comment appelle-t-on la langue d’un pays ? En France on parle français, mais en Irlande on parle Anglais, et ce n’est pas en principe un conflit de discorde. Idem, au Brésil on parle le portugais et en Suisse on parle quatre langues distinctes ce qui fait le charme de cette fédération bien démocratique.  Le gouvernement de cette ex-république yougoslave utilise le nom « langue macédonienne » pour appeler leurs langues….. Là aussi, on voit le recours plus qu’intentionné, selon bon nombre d’observateurs internationaux, à une langue-chapeau qui représenterait toutes leurs langues internes sans amplifier les divisions culturelles existantes. Mais la seule langue macédonienne a toujours été et est la langue grecque. Le fait que le gouvernement grec de Tsipras cède, pour l’instant, sur le nom composé, il franchit une ligne rouge, puisqu’il n’a pas mandat et il doit se référer au parlement grec avec une majorité élargie, comme la constitution le stipule. La ligne rouge est de ne pas permettre à l’ex-république yougoslave l’utilisation des termes « macédonien » et « langue macédonienne ». Les citoyens des autres pays qui ne connaissent pas l’histoire et la culture grecque pourraient les considérer comme les macédoniens contemporains comme descendants des anciens macédoniens. Dans l’accord il est précisé que la langue de FYROM appartient à la famille des langues slaves du sud et il est bien stipulé que cette langue n’a rien à avoir avec le monde grec et la civilisation grecque ancienne, ainsi que de l’héritage lingustique macédonien ancien.

La Nation : La nation est définie par une langue et une culture, et souvent uniquement par un territoire, mais très souvent elle est confondue avec la notion de l’Etat. L’organisation des Nations Unis par exemple est composée par des Etats et non par des nations…... Mais une nation est liée à une langue, autant que celle-ci puisse la différencier d’une autre nation (L’Ecosse utilise l’Anglais, par exemple et pourtant les nationaux Ecossais se différencient des Anglais par la culture autre que la linguistique), ou des traditions. C’est justement cet aspect de la langue qui est au cœur du litige qui oppose la population grecque avec sa voisine de FYROM. Le gouvernement de Tsipras, dont on fait la critique dans plusieurs média nationaux-grec et internationaux, dit qu’il ne reconnaît pas une « nation macédonienne ». Comment cela est possible puisqu’il reconnait la « langue macédonienne » ? Et puisque FYROM reconnaît que sa langue est slave, pourquoi n’ont-ils pas accepté de la nommer « slavomacédonienne » ? La relation avec le territoire interpèle, comme nous l’avons dit, que la région de la Macédoine contemporaine n’appartient pas un seul pays et la question c’est pourquoi laisser un pays seulement de s’en emparer en dépit de tous les arguments qui l’empêchent ? C’est comme on appelait le Panama Amérique Centrale . Que diraient les autres pays ?

La nationalité : Le nom négocié sera inscrit sur la constitution de FYROM et en principe les pays qui la reconnaissent sous le nom de « Macédoine » changeront leurs bases de données et l’appeleront « Severna Makedonja ». Cela donnera le nom de « Mécédonien du Nord » ou « Nord-macédonien » pour la nationalité. La Macédoine grecque est préservée ainsi que les trois régions grecques qui utilisent le nom de Macédoine, à savoir, Macédoine de l’Ouest, Macédoine Centrale et Macédoine de l’Est. Mais il n’est pas de même avec la nationalité qui par simplification les citoyens de cette république s’appelleront Macédoniens. C’est cela la problème et la promotion à terme du macédonisme, comme une lance de fer dans un espace ouvert, au sein de l’UE, c'est faire de la propagande économique et politique basé sur un nom. La population grecque refuse qu’on les appelle Macédoniens. Il y a pléthore de produits grecs liée à l'appélation "Macédonien", à commencer par le vin le plus célèbre de Grèce sans doute.

L’ethnicité : Les Belges, s’appellent Belges même s’ils sont Wallons et les Texans s’appellent Américains. L’accord établi entre Tsipras et le PM de FYROM ne mentionne pas l’ethnicité/nation mais le droit des citoyens de FUROM de s’appeler comme ils le souhaitent. Avec l’article 7 de cet accord, si les Grecs ont le droit d’appeler les citoyens de FYROM Nord-Macédoniens, cela n’empêche pas les principaux concernés de s’auto-appeler « Macédoniens » tout court. La confusion entre ethnicité et nationalité est évidente, et sur le passeport on écrira nationalité « Nord-Macédonienne » mais « Macédonien » du fait de l’acceptation de la part du gouvernement grec de l’utilisation par FYROM pour nom de leurs langues régionales, « langue macédonienne ». Et celui qui parle macédonien il est quoi ? Il vous dira : "Macédonien" et non "Nord-Macédonien, même s'il parle bulgare ou albanais.Mais observons le cas de Corée et celui du Vietnam, L’appellation, ne pousse pas à la confusion de considérer que ce sont des ethnies divisées ? C’est-à-dire qu’il existe une Macédoine du Sud avec des Macédoniens, c’est qui est vrai, car les Macédoniens de la Macédoine grecque s’appellent ainsi depuis trois mille ans. Si l’amalgame est fait, à cause de ces imperfections de l’accord, ne pensera-ton pas et à juste titre, que les habitants de Salonique parlent la langue bulgare et/ou la langue albanaise, ou qu'il ont des traits culturel commuuns avec leurs voisin du nord, rien que parce que le nom porte confusion?

Progressivement il y a menace économique, et les entreprises qui ont un produit AOC ou AOP ne pourront se défendre que moyennant actions juridiques coûteuses. Puis, dans une Europe qui pousse à la régionalisation, qui ne reconnaîtra pas à terme les Etats-membres mais uniquement ses régions, où les leviers économiques seront gérés par les centre de pouvoirs régionaux, l’accord actuel est un mauvais accord pour la Grèce, un pays qui montre encore une fois qui n'a pouvoir que par délégation car les grandces puissances l'ont décidé ainsi.