Envol.....

envol2Le 20 août 2018 est la date de l’accomplissement d’une période de « sauvetage »

A partir de cette date la Grèce « retrouve » sa souveraineté, c’est en tout cas la communication officielle de l’Europe véhiculée par les medias qui lui servent de porte-parole.

Notre analyse des annonces officielles sur la sortie de la Grèce des programmes de sauvetage, pointent une ligne dure, inflexible, arrogante, une hybris politique qui traverse les nouveaux espaces politiques, et pour une fois, nous n’avons pas à exposer sur ces pages notre critique, d’autres le font aussi bien, il suffit de les citer.

Depuis neuf ans, et ce n’est pas fini, comme pour tout scandale d’Etat, la Grèce a servi dans l'élaboration d'un nouvel espace d’affrontement politique, européen cette fois, et dans son malheur, elle a aidé les peuples à prendre conscience que de nouvelles constructions politiques sont nécessaires s’ils veulent prendre en main leur destin.

Cette fois je vais focaliser sur Mr. Moscovici, français, dit technocrate, et sûrement bien représentatif de l'esprit idéologique de Bruxelles.

Sur le blog de Moscovici, qui « a vécu la crise grecque de l’intérieur" en tant que commissaire européen, le livre « Grèce » est fait. Bétonné sur des rocs conceptuels où chaque mot apporte avec justesse la bonne dose d’ambiguïté, histoire de rappeler aux lecteurs que leur responsabilité est de lui faire confiance.

Le résumé du récit, un mixte de « symbole de solidarité » et d’ « égoïsmes nationaux » veut tout dire sur la nature de l’Europe, par commission européenne interposé.

En gros, « On a fait ce qu’il fallait faire, on n’avait pas à vous consulter, continuez à nous faire confiance car nous la méritons, la crise c’est vous, il y a en aura d’autres et nous sommes ici pour nous montrer vigilants pour vous ».

Certaines phrases méritent tout de même d’être soulignées, pour les friands de la langue de bois :

« Symbole de la solidarité européenne, laboratoire austéritaire ou reflets des égoïsmes nationaux, il est souvent difficile de se forger une opinion claire sur la crise grecque ».

« Beaucoup estiment que les Européens se sont montrés trop généreux envers un pays pourtant seul responsable de sa quasi-faillite ».

« Je constate d’ailleurs dans une enquête récente que les Grecs eux-mêmes souhaitent que l’Europe continue à aider leur pays. ».

« Beaucoup a été accompli pour restructurer en profondeur une économie en ruine et refonder une administration dépassée. »

« Enfin, il fallait respecter le souhait du peuple grec, celui de rester arrimer à l’Europe via l’euro. »

Inutile de commenter les énoncés ci-dessus, même dans une telle langue de bois, le déni de vérité, le politiquement incorrect, le mensonge, sont omniprésents. Il serait inutile aussi de le juger, lui-même ou son scribe, à propos de son introduction qui cite Homère et Ulysse, tout parallèle avec la réalité grecque ou, mieux encore, avec les faits, ceux qui entreront dans l’Histoire, nous écarterait de l’essentiel, car le projet de sauvetage ainsi que son bilan nous montrent tout une autre réalité politique de notre Europe.  

Avec un tel discours formaté en cinq questions-réponses Pierre Moscovici essaie maladroitement de sauver quelques meubles de l’édifice européen, alors que les critiques au niveau européen et international, de plus en plus grandissantes, méritent d’être opposées à la communication officielle européenne. Il faut dire aussi, qu’il n'est pas simple de faire mieux pour défendre l’indéfendable. Son plan A de communication est bien dépeint par le texte de son blog. Son plan B c’est de dire « ce n’est pas nous qui décidons, mais les Etats-membres », c’est-à-dire, la commission européenne, au pire, est juste un directoire à responsabilité limitée.

Il faut rappeler qu’il parle de neuf ans d’occupation économique, où les différents gouvernements grecs, tous bords confondus, d’abord isolés, puis obligés à capituler, avec le dernier qui a accepté volontairement le rôle de collabo à des politiques monétaires et économiques allemandes. Moscovici est en train de faire fi de l’humiliation, du chantage, de la gestion de la dette, et de tout ce qu’il a suivi : appauvrissement général de plus de 30% de toutes les couches sociales, surtout des plus démunies, destruction d’infrastructures, pillage de l'Etat, suicides, expropriations, immigration, baisse de la population, etc. Il est en train de parler de neuf ans de crise profonde, et trois programmes de « sauvetage », des crédits forcés, avec implication du secteur privé (PSI), sans compter que la gestion de la Troïka est seule responsable de l’augmentation de la dette, « au nom de la réduction de la dette, conformément aux critères de Maastricht ». Il parle sans se soucier des suicides par désespoir et tristesse profonde, ni des générations détruites qui ont connu et continuent à connaître le chômage. Mais il parlera de la baisse du chômage, de un demi-point, de 20% à 19.5%, alors qu’il est connu que ces chiffres ne correspondent pas à la réalité (environ 35%), et, en plus, qu’il ne comptabilise pas les 600.000 personnes qui ont quitté le pays, environ 8% de la population totale, dans l’espoir de trouver une chance ailleurs, chiffre que lui tout-seul représente plus de 10% de la population active, donc 10% qui n'ont pas à pointer au chômage. Une aubaine pour l’Europe de récupérer ainsi du personnel qualifié sur mesure, la même mesure que celle escomptée par l’immigration filtrée.

D’un côté nous avons le discours de Moscovici, ses raisons, ses ambitions, ses visions des choses et de nous, et de l’autre côté, les faits historiques, en statistiques officielles, en études internationales scientifiques, et aussi en milliers de suicides, en nombre de générations détruites, en diminution de la population, en baisse de production, en malheur et tristesse.

Il parle d’un impact « positif » pour la Grèce et pour l’Europe, alors que tous les observateurs internationaux relatent le contraire.

Par exemple, le tourisme croît en Grèce, mais c’est l’Allemagne qui en profite (détentrice des aéroports principaux), et comme cela fait des jaloux, car bien rentable, on obligera la Grèce, encore une fois de vendre ses aéroports secondaires. Cette situation concerne de nombreux secteurs économiques. Donc, lorsqu’il parle de croissance, il entend la croissance de ceux qui en profitent et non des Grecs, qu’il dissocie à chacune de ses sentences, car la Grèce est une chose et les Grecs en sont une autre.

ELSTAT n’a plus dans ses attributions l’obligation de mesurer la balance primaire (recettes et dépenses), dans la mesure où les recettes sont depuis 2015 à la charge d'un bureau « indépendant » chargé de brader les richesses de la Grèce (voir ici). Elle se trouve ainsi directement sous le contrôle des pays-créanciers, qui contrôlent l’excédent primaire, le seul critère sur lequel la sortie de la Grèce a été décidé (on ne tient pas compte une première émission obligataire d'essai, qualifiée de succès, alors qu'elle est construite techniquement et jugée "foireuse" par les spécialistes de la bourse.

Il fallait aussi contrôler ce service, dont l’indépendance est indispensable dans une démocratie. Au lieu donc de laisser ce service de statistiques indépendant, Il fallait le réduire à un service comptable sans tête. A rappeler que ELSTAT est l'organisme hellénique des statistiques, organe indépendant, par lequel a commencé le scandale qui a dérangé pendant quelque temps l’Europe, avec la mise sous examen de l’un des protégés de la Troïka, qui fut à l’origine des chiffres truqués, ceux qui ont permis de justifier le « sauvetage » urgent de la Grèce et de la précipiter dans la situation dans laquelle elle se trouve. La prise de son contrôle est faite conformément au cadre du memorandum entre la Grèce et la Troïka, celui qui accompagne les plans d'aide. Ainsi, il n’y a plus de transparence dans la manière de tenir les comptes nationaux.

En obligeant la Grèce d’avoir un excédent primaire de 3,5% du PIB, jusqu'à 2022, ce qui est énorme dans la situation de la Grèce car il demande de taux de croissance très élevés (>6%), la Troïka a voulu se donner tous les contrôles supplémentaires pour sécuriser non seulement le service de la dette, mais aussi pour pérenniser aussi l’avenir de sa position très fructueuse sur les affaires grecques. Ainsi, elle contrôle la dette, les recettes et toute autre alternative internationale de la Grèce (FMI, émissions obligataires, entreprises publiques, richesses de l’Etat, etc.). Comment cela s’appelle-t-il ?

Le seul point qu’on peut mettre sur le compte de la franchise de Moscovici c’est lorsqu’il répond à la question concernant l’enseignement qu’il a tiré de la crise de l’euro. Il dit que les Grecs ont beaucoup souffert de la crise et qu’il ne lui a pas été plaisant de voir le destin de millions de Grecs se jouer derrière les huis clos de l’Eurogroupe. La vérité là-dedans, si vous la cherchez, est sur la manière allemande de diriger l’Eurogroupe, sans l’avis des autres ministres de finances, procédé contraire à la volonté française de doter l’Europe d’un véritable ministère de Finances, où les différents pays auraient leur mot à dire et la France, en tant que leader européen, un peu plus. Difficile de détecter si Moscovici est plus Français qu’Européen, mais à quelques détails près, les différents tableaux de ce jeu qui s’appelle « finance européenne » se rejoignent.

Quant à la réalité économique, les sources comptables de la Grèce sont accessibles ici. Il n’y a que des chiffres pour au moins comprendre la mythomanie européenne.